Rupture conventionnelle et arrêt maladie : tout ce qu’il faut savoir
Un arrêt maladie ne gèle pas votre contrat au point d’interdire toute négociation de départ. Vous pouvez signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt, que la maladie soit ordinaire ou d’origine professionnelle, et votre employeur ne peut pas vous opposer votre absence pour refuser d’en discuter. La Cour de cassation l’a confirmé de longue date, et encore en juin 2026. La vraie question n’est donc pas de savoir si c’est permis, mais à quelles conditions, pour quel montant et avec quels risques.
Le cadre reste celui de la rupture conventionnelle classique, avec une exigence renforcée sur un point précis : votre consentement doit rester libre et éclairé malgré la fatigue ou la vulnérabilité liées à votre état. C’est sur ce terrain que se jouent la validité de l’accord et, plus tard, vos chances de le contester.
Un détail pèse lourd et passe souvent inaperçu : votre indemnité se calcule sur votre salaire d’avant l’arrêt, pas sur les indemnités journalières réduites que vous touchez pendant. Bien comprise, cette règle vaut plusieurs milliers d’euros.
Oui, signer une rupture conventionnelle en arrêt maladie est légal
Une vieille circulaire de 2009 décourageait la signature pendant une suspension du contrat. La jurisprudence a tranché dans l’autre sens depuis. La rupture conventionnelle est un mode de rupture amiable du CDI, distinct du licenciement et de la démission, et l’état de santé du salarié n’y fait pas obstacle.
Le principe vaut aussi pour un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle : la Cour de cassation l’a admis dans un arrêt du 30 septembre 2014 (n° 13-16.297), sauf fraude ou vice du consentement. La vigilance est simplement plus forte dans ce cas, car le salarié bénéficie d’une protection renforcée et les juges examinent de près les circonstances de la signature.
Un arrêt récent clarifie la marge de l’employeur. Le 17 juin 2026, la chambre sociale a jugé que la seule proposition d’une rupture conventionnelle pendant un arrêt de travail ne suffit pas, en elle-même, à laisser supposer une discrimination liée à l’état de santé (n° 25-12.181). Autrement dit, votre employeur a le droit de vous proposer une rupture pendant votre arrêt. Ce qui reste interdit, c’est la pression, le chantage ou la manœuvre destinés à fausser votre décision.
Pour qu’une rupture signée en arrêt tienne juridiquement, plusieurs conditions doivent être réunies :
- ✓ Un accord réellement mutuel, jamais imposé par l’une des parties
- ✓ Un consentement éclairé : vous comprenez le montant et ses conséquences
- ✓ Au moins un entretien, même organisé à votre domicile ou en visioconférence
- ✓ Une convention écrite signée par le salarié et l’employeur
- ✓ Le respect du délai de rétractation de 15 jours
- ✓ L’homologation de la convention par l’administration
L’indemnité ne baisse pas à cause de votre arrêt
C’est la crainte la plus répandue : toucher une indemnité rabotée parce que les derniers bulletins de paie affichent des indemnités journalières au lieu d’un salaire plein. La loi écarte ce scénario. L’indemnité de rupture conventionnelle ne peut jamais descendre sous l’indemnité légale de licenciement, et le salaire pris pour base n’est pas celui de votre période d’arrêt.
La Cour de cassation l’a posé clairement (arrêt du 23 mai 2017, n° 15-22.223) : quand un arrêt maladie couvre tout ou partie de la période de référence, on retient le salaire des 12 ou des 3 derniers mois précédant l’arrêt, selon la formule la plus favorable. Les mois d’arrêt, où vous avez perçu des indemnités journalières réduites, sont neutralisés. Le calcul repose donc sur votre rémunération habituelle, au nom du principe de non-discrimination liée à l’état de santé.
L’indemnité ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Le salaire de référence retenu est celui des 12 ou 3 mois précédant l’arrêt, jamais les indemnités journalières. La convention collective ou la négociation peuvent prévoir davantage.
Le plancher légal n’est qu’un point de départ. Le montant se négocie, et rien ne vous oblige à accepter la première proposition. Votre ancienneté, votre situation et le contexte du départ sont autant d’arguments pour viser un montant supra-légal.
Indemnités journalières, soins, chômage : ce que vous gardez
Signer ne fait pas disparaître vos droits sociaux du jour au lendemain. Plusieurs prestations se poursuivent, à condition de comprendre le calendrier exact.
Premier point : votre arrêt ne repousse pas la date de fin du contrat fixée dans la convention. Le service public le rappelle, une suspension pour maladie n’a pas d’effet report sur la rupture. Jusqu’à cette date, vous continuez de toucher vos indemnités journalières. Après la rupture, si votre état le justifie toujours, la Sécurité sociale poursuit leur versement jusqu’à la consolidation, indépendamment de la fin de votre contrat.
Côté chômage, l’homologation ouvre droit à l’allocation, comme pour toute rupture conventionnelle. Une réserve s’applique si vous êtes encore en arrêt à la fin du contrat : pour être indemnisé par France Travail, il faut être apte et disponible pour rechercher un emploi. Tant que votre médecin vous maintient en arrêt, votre inscription comme demandeur d’emploi est différée et ce sont les indemnités journalières qui prennent le relais. L’allocation démarre une fois que vous êtes déclaré apte.
Faire un bilan de compétences pendant l’arrêt maladie
Rien ne vous oblige à attendre d’être apte pour réfléchir à la suite. L’article L. 323-3-1 du Code de la sécurité sociale autorise un salarié indemnisé à suivre une formation ou un bilan de compétences pendant son arrêt, à deux conditions : l’accord écrit de votre médecin traitant, puis la transmission de cet accord à votre CPAM, dont le médecin-conseil vérifie que la durée de la démarche reste compatible avec celle de l’arrêt. La caisse informe ensuite l’employeur de son accord. Vos indemnités journalières sont maintenues pendant toute la durée du bilan.
Dans une négociation de rupture conventionnelle, ce n’est pas un détail. Vous négociez mieux quand vous savez ce que vous ferez après : un projet clair, changement d’employeur, reconversion ou création d’activité, fixe le montant en dessous duquel vous ne signez pas et évite d’accepter un départ par lassitude.
Le financement passe par votre CPF : la prise en charge d’un bilan est plafonnée à 1 600 €, avec une participation forfaitaire à votre charge tant que vous êtes salarié, supprimée une fois inscrit à France Travail après la rupture. Le CPF ne finance pas un nouveau bilan si vous en avez déjà obtenu un au cours des cinq dernières années : autant choisir l’organisme avec soin. Pour voir concrètement le déroulé d’un bilan et ses modalités de prise en charge, le programme de Créactifs est détaillé ci-dessous.
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Inaptitude probable : la rupture conventionnelle peut vous coûter cher
Si votre arrêt se prolonge et qu’une visite de reprise risque de déboucher sur un avis d’inaptitude, l’équation financière change. Face à une inaptitude, l’employeur passe normalement par un licenciement pour inaptitude, pas par une rupture amiable.
Or ce licenciement peut être nettement plus avantageux pour vous, surtout quand l’inaptitude découle d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle : l’indemnité légale est alors doublée et une indemnité compensatrice s’y ajoute. Accepter une rupture conventionnelle au plancher légal simple, dans cette situation, revient parfois à renoncer à plusieurs milliers d’euros. Avant de signer, pesez les deux voies. Notre analyse de la rupture conventionnelle pour inaptitude détaille les arbitrages selon l’origine de l’arrêt.
Signer la rupture conventionnelle
Départ rapide et choisi, montant librement négocié mais plancher fixé à l’indemnité légale simple, accès au chômage une fois apte.
Attendre l’avis du médecin du travail
Si l’inaptitude est d’origine professionnelle, l’indemnité de licenciement est doublée et complétée par une indemnité compensatrice, fréquemment supérieure à une rupture.
Entretien, rétractation, homologation : les délais à ne pas rater
La procédure est identique à celle d’une rupture hors arrêt, avec une obligation maintenue : au moins un entretien doit se tenir, l’arrêt ne dispense ni de convoquer ni de venir. L’entretien peut s’organiser pendant vos heures de sortie autorisées, à domicile ou à distance, sans que cela vous soit imposé.
Le ou les entretiens
Vous discutez des conditions du départ. Vous pouvez vous faire assister par un représentant du personnel ou un salarié de l’entreprise.
La signature et la rétractation
Après signature de la convention, chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter, sans motif, par lettre recommandée.
L’homologation
La demande part à la DREETS, qui a 15 jours ouvrables pour répondre. Son silence vaut homologation. La rupture prend effet au plus tôt le lendemain.
Une confusion circule beaucoup sur ce point : non, l’inspecteur du travail n’a pas à autoriser votre rupture parce que vous êtes en arrêt. Pour un salarié ordinaire, c’est une simple homologation par la DREETS. L’autorisation de l’inspecteur du travail n’est exigée que pour un salarié protégé (membre du CSE, délégué syndical), en arrêt ou non. Le détail complet du déroulé de la procédure vaut le coup d’œil avant de vous engager.
Faire annuler une rupture signée sous pression
Deux fenêtres permettent de revenir en arrière. La première est le délai de rétractation : pendant 15 jours calendaires après la signature, chacun annule la convention sans se justifier. Passé ce délai et une fois la rupture homologuée, il vous reste douze mois pour saisir le conseil de prud’hommes et demander l’annulation pour vice du consentement.
Les motifs sérieux relèvent du dol, de la violence morale ou du harcèlement : un employeur qui menace, qui exploite votre fragilité ou qui présente la rupture comme la seule issue. Si l’annulation est prononcée, la rupture produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
L’arrêt du 17 juin 2026 resserre toutefois votre marge. Invoquer le seul calendrier, le fait d’avoir été démarché en arrêt, ne suffit plus. Il faut désormais démontrer des pressions concrètes, des propos déplacés ou un contexte qui révèle une volonté de vous évincer. Mieux vaut donc rassembler vos preuves, courriels et échanges, avant de signer comme après.
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Sur le même sujet : les mêmes questions de consentement et de protection se posent pour une rupture conventionnelle pendant une grossesse. Et si vous n’êtes pas en CDI, le dispositif ne s’applique pas tel quel : voyez ce que prévoit le droit pour une rupture conventionnelle en CDD.
Questions fréquentes
Non, jamais. La rupture conventionnelle suppose un accord des deux parties et ne peut être imposée. Votre employeur peut en revanche vous la proposer, y compris en arrêt : depuis l’arrêt du 17 juin 2026, cette proposition seule n’est pas considérée comme discriminatoire.
Oui, au moins un entretien reste obligatoire. L’arrêt ne dispense ni l’employeur de convoquer ni vous d’y assister. Avec votre accord, il peut se tenir à votre domicile, en visioconférence ou pendant vos heures de sortie autorisées.
Oui, si votre état le justifie toujours. La Sécurité sociale poursuit le versement de vos indemnités journalières jusqu’à la consolidation, même après la rupture du contrat. La fin du contrat n’interrompt pas non plus la prise en charge de vos soins en cours.
La part correspondant au minimum légal ou conventionnel est exonérée d’impôt sur le revenu. Au-delà, l’exonération est plafonnée et des contributions sociales s’appliquent selon les seuils en vigueur. Si vous êtes en droit de partir à la retraite, l’indemnité devient imposable dès le premier euro.
Vous avez d’abord 15 jours calendaires pour vous rétracter sans motif après la signature. Ensuite, une fois la rupture homologuée, il reste 12 mois pour saisir le conseil de prud’hommes et demander l’annulation pour vice du consentement.