Arrêt maladie et salaire : ce que vous perdez vraiment selon votre profil
Un arrêt maladie suspend votre contrat de travail. Concrètement, votre salaire de base cesse d’être dû, et il est remplacé par deux revenus au maximum : les indemnités journalières de la Sécurité sociale, versées par la CPAM, et un éventuel complément payé par l’employeur. La première ligne représente 50 % de votre salaire journalier, plafonnée à 42,97 € brut par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026. La seconde n’existe que sous conditions. Rien n’est automatique, et rien n’est intégral par défaut.
Ce que vous percevez réellement dépend de trois variables : votre ancienneté, votre convention collective et l’origine de l’arrêt. Les règles de base sont fixées par le régime de l’arrêt maladie, mais l’écart entre un salarié bien couvert, maintenu à 100 % de son net, et un salarié qui touche les seules indemnités de la Sécu peut atteindre plusieurs centaines d’euros sur un mois. Ce n’est pas un détail : c’est souvent l’essentiel de la question.
Trois éléments expliquent pourquoi le revenu chute vite au début : un délai de carence de trois jours à la Sécurité sociale, un délai de sept jours côté employeur, et un plafond de calcul abaissé en avril 2025. Un salarié aux revenus moyens ou élevés, sans convention favorable, perd une part réelle de sa paie sur les premières semaines.
Salaire, ancienneté, convention collective : estimez ce que vous êtes en droit de percevoir.
Ouvrir le simulateur →Pendant un arrêt maladie, votre salaire de base s’arrête
La suspension du contrat de travail est la clé de tout le mécanisme. L’employeur ne doit plus votre salaire habituel puisque vous ne fournissez plus de travail. À la place, deux relais peuvent se déclencher : la Sécurité sociale d’abord, avec les indemnités journalières, puis l’employeur, avec un complément qui n’est dû qu’à partir d’une certaine ancienneté. Selon votre situation, vous touchez l’un des deux, les deux, ou une couverture proche de votre salaire habituel.
L’indemnité journalière vaut 50 % du salaire journalier de base, plafonnée à 42,97 € brut par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026. Elle est versée à partir du 4e jour (3 jours de carence). Le complément employeur ne démarre qu’au 8e jour et suppose au moins 1 an d’ancienneté : 90 % du brut puis deux tiers. La convention collective peut prévoir mieux, parfois le maintien intégral.
Les indemnités journalières : 50 % du salaire, dans la limite d’un plafond
C’est le socle de votre revenu de remplacement, versé par la CPAM. Le montant se calcule sur votre salaire récent, mais deux mécanismes le rabotent : un pourcentage fixe et un plafond de salaire pris en compte. Comprendre les deux évite les mauvaises surprises sur le premier virement.
L’indemnité correspond à 50 % du salaire journalier de base. Ce salaire journalier est la somme de vos trois derniers salaires bruts divisée par 91,25. Mais les salaires retenus sont plafonnés : depuis le 1er avril 2025, la limite est passée de 1,8 à 1,4 SMIC mensuel (décret n° 2025-160), soit environ 2 613,82 € brut en 2026. En pratique, l’indemnité journalière ne peut pas dépasser 42,97 € brut par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026 (elle était de 41,95 € au premier semestre). Avant l’abaissement du plafond, ce maximum atteignait près de 53 €.
Cet effet de plafond aplatit les écarts. Un salarié payé 3 200 € brut voit son salaire ramené à la limite de 2 613,82 €, ce qui donne un salaire journalier de base de 85,93 € et une indemnité de 42,97 €. Soit exactement la même somme qu’un collègue payé 2 613 €. Au-delà du plafond, chaque euro de salaire supplémentaire ne compte plus pour la Sécu.
Le versement intervient à partir du 4e jour d’arrêt : les trois premiers jours ne sont jamais indemnisés par la Sécurité sociale, c’est le délai de carence. La CPAM paie ensuite tous les 14 jours en moyenne, après réception de l’attestation de salaire transmise par l’employeur. Pour ouvrir le droit sur les six premiers mois, il faut avoir travaillé au moins 150 heures sur les trois mois précédents, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire sur six mois. Un point à connaître si vous veniez de retrouver un emploi : ces indemnités ne se cumulent pas avec l’allocation chômage, et le versement de France Travail s’interrompt pendant l’arrêt, une articulation que détaille le lien entre arrêt maladie et chômage.
Le maintien de salaire par l’employeur : sous conditions, et pas dès le premier jour
C’est la deuxième couche, celle qui rapproche votre revenu de votre salaire habituel. Elle découle de la loi de mensualisation de 1978, codifiée à l’article L1226-1 du Code du travail. Mais elle n’a rien d’immédiat ni de systématique : il faut remplir des conditions, patienter au-delà d’un second délai de carence, et le taux garanti n’est pas de 100 %.
Les conditions pour y avoir droit
Le minimum légal réserve ce complément aux salariés qui cochent toutes les cases suivantes. Votre convention collective peut assouplir ces exigences, mais elle ne peut pas les durcir.
- ✓ Justifier d’au moins 1 an d’ancienneté dans l’entreprise, appréciée au premier jour de l’absence
- ✓ Avoir transmis votre arrêt de travail à l’employeur dans les 48 heures
- ✓ Être pris en charge par la Sécurité sociale et percevoir les indemnités journalières
- ✓ Être soigné en France ou dans un autre État de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen
Le socle légal exclut les salariés à domicile, saisonniers, intermittents et temporaires. Là encore, beaucoup de conventions de branche rétablissent leur droit au complément.
Combien et pendant combien de temps
Pour une maladie d’origine non professionnelle, l’indemnisation employeur ne commence qu’au 8e jour d’arrêt : un délai de carence de 7 jours distinct de celui de la Sécu. Le taux est ensuite de 90 % de la rémunération brute pendant une première période, puis de deux tiers (66,66 %) pendant une seconde. Les indemnités journalières sont déduites de ce total : l’employeur ne verse que le différentiel entre la Sécu et le taux garanti. La durée de chaque période augmente avec l’ancienneté, à raison de 10 jours par tranche de 5 ans, sans dépasser 90 jours à chaque taux.
| Ancienneté | Indemnisation à 90 % | Puis à 66,66 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 16 à 20 ans | 60 jours | 60 jours |
| 21 à 25 ans | 70 jours | 70 jours |
| 26 à 30 ans | 80 jours | 80 jours |
| 31 ans et plus | 90 jours | 90 jours |
La rémunération de référence est celle que vous auriez perçue en travaillant. Concrètement, un salarié à 4 ans d’ancienneté touche 30 jours à 90 % de son brut, puis 30 jours aux deux tiers, indemnités journalières comprises. Une fois ces durées épuisées, l’obligation légale de l’employeur cesse, sauf clause conventionnelle plus généreuse.
La subrogation, pour ne pas attendre la Sécu
Quand l’employeur maintient le salaire, il pratique souvent la subrogation : il perçoit directement les indemnités journalières à la place du salarié et lui verse son salaire maintenu sur la paie habituelle. L’intérêt est double : vous n’attendez pas le virement de la CPAM, et votre revenu reste lissé. Attention toutefois à la nature de ces sommes. Le complément versé par l’employeur est du salaire : il est soumis aux cotisations sociales, imposable et intégré au prélèvement à la source. Les indemnités journalières, elles, subissent la CSG et la CRDS et restent imposables.
Ce que votre convention collective peut changer, et c’est souvent décisif
Le minimum légal n’est qu’un plancher. Le principe de faveur impose que la convention collective ou l’accord d’entreprise ne puisse être que plus avantageux, jamais moins. Or, dans la plupart des branches, les règles réelles sont nettement meilleures que le socle décrit plus haut.
Les améliorations les plus courantes portent sur quatre points : un maintien à 100 % du salaire net plutôt que 90 % du brut, une ancienneté requise plus courte que l’année légale, une durée d’indemnisation allongée, et surtout la suppression du délai de carence de 7 jours. Des conventions comme la métallurgie, le BTP ou Syntec figurent parmi les plus protectrices. La différence se joue dès les premiers jours d’arrêt, là où le socle légal laisse le salarié sur les seules indemnités de la Sécu.
L’abaissement du plafond de la Sécu en 2025 a accentué l’enjeu. Comme la CPAM prend désormais en charge une part plus faible du salaire, c’est l’employeur qui doit combler un différentiel plus important pour tenir les 90 % ou le maintien conventionnel. Beaucoup d’entreprises ont renforcé leur contrat de prévoyance collective pour absorber ce transfert de charge. Avant de partir en arrêt, le réflexe utile est de vérifier trois documents : votre convention collective, votre contrat de travail et la notice de votre régime de prévoyance.
Accident du travail et maladie professionnelle : une indemnisation plus favorable
L’origine de l’arrêt change tout. Si votre incapacité résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle reconnue, les règles se durcissent en votre faveur, côté Sécurité sociale comme côté employeur.
Il n’y a d’abord aucun délai de carence : les indemnités journalières sont dues dès le 1er jour. Leur montant est aussi plus élevé, calculé sur un salaire journalier de référence : 60 % pendant les 28 premiers jours, puis 80 % à partir du 29e jour, dans la limite de plafonds nettement supérieurs (240,49 € puis 320,66 € par jour en 2026). Côté employeur, le complément de maintien de salaire démarre lui aussi dès le premier jour, sans le délai de 7 jours applicable à la maladie ordinaire. Pour une même durée d’absence, un arrêt d’origine professionnelle laisse donc bien moins de reste à charge au salarié.
Un arrêt maladie ne gèle pas le reste de votre situation. Un licenciement peut être notifié pendant l’arrêt, mais uniquement pour un motif étranger à l’état de santé, ce que précisent les règles du licenciement pendant un arrêt maladie. Si votre départ est déjà engagé, l’articulation entre l’arrêt et le préavis en arrêt maladie modifie la date de fin de contrat. Et depuis 2024, vous continuez d’acquérir des congés payés pendant l’arrêt maladie d’origine non professionnelle, à raison de deux jours ouvrables par mois.
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Questions fréquentes
Pas par défaut. La Sécurité sociale verse 50 % du salaire journalier, plafonné à 42,97 € brut par jour. L’employeur ne complète qu’à partir d’1 an d’ancienneté, après un délai de 7 jours, à hauteur de 90 % puis deux tiers du brut. Le maintien à 100 % du net n’existe que si votre convention collective, un accord ou un contrat de prévoyance le prévoit.
Les indemnités de la Sécurité sociale arrivent au 4e jour, après 3 jours de carence. Le complément employeur, pour une maladie ordinaire, ne démarre qu’au 8e jour, soit après 7 jours de carence. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, aucune carence ne s’applique : l’indemnisation court dès le 1er jour.
Il s’élève à 42,97 € brut par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026, contre 41,95 € pour ceux du premier semestre. Ce plafond découle de la limite de calcul fixée à 1,4 SMIC mensuel depuis avril 2025. Au-delà de ce salaire, la part supplémentaire n’entre pas dans le calcul.
Oui. Le complément employeur est juridiquement du salaire : il supporte les cotisations sociales, entre dans le prélèvement à la source et reste imposable. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale sont, elles aussi, imposables et soumises à la CSG et à la CRDS.
Le maintien de salaire est une obligation légale dès lors que les conditions de l’article L1226-1 sont réunies. Commencez par une demande écrite puis une mise en demeure. En cas de blocage, le conseil de prud’hommes peut être saisi pour obtenir le paiement du complément dû. Un avocat en droit du travail peut évaluer la solidité de votre dossier.