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Estimer mes droits

Les différents types de licenciement

Le Code du travail ne connaît pas un licenciement, mais une série de catégories qui n’ouvrent pas les mêmes droits. Deux questions suffisent à situer le vôtre : pourquoi l’employeur rompt le contrat, et combien de salariés sont concernés. De ces deux réponses dépendent votre indemnité, votre préavis et, parfois, plusieurs milliers d’euros.

Derrière chaque rupture, la même mécanique. Un licenciement repose toujours sur une cause réelle et sérieuse, vérifiable par le juge, et suit une procédure encadrée. Mais selon que cette cause tient à votre comportement, à vos compétences ou à la santé financière de l’entreprise, les conséquences divergent fortement.

La variable qui décide de tout tient en une ligne : le motif inscrit dans la lettre de licenciement. C’est lui qui fixe la qualification, et c’est précisément sur cette qualification que se jouent la plupart des litiges portés aux prud’hommes.

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Deux questions classent n’importe quel licenciement

Tout licenciement se lit sur deux axes indépendants. Le premier est le motif : la raison de la rupture. Le second est l’effectif concerné : un seul salarié ou plusieurs. Un même licenciement combine toujours une réponse à chacun.

📌 Ce qu'il faut retenir

Un licenciement se classe d’abord par son motif (personnel ou économique), puis par le nombre de salariés touchés (individuel ou collectif). L’indemnité légale suppose 8 mois d’ancienneté minimum et n’est pas due en cas de faute grave ou lourde. Dans tous les cas, le salarié conserve ses droits au chômage.

Le motif personnel est lié à la personne du salarié : son comportement, ses compétences ou son état de santé (art. L1232-1). Le motif économique n’a rien à voir avec le salarié : il découle de la situation de l’entreprise (art. L1233-3). Cette frontière commande toute la suite, car les deux familles n’obéissent ni à la même procédure ni aux mêmes dispositifs d’accompagnement.

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Motif personnel

Lié au salarié : faute, insuffisance professionnelle, inaptitude. L’employeur doit prouver une cause réelle et sérieuse propre à la personne.

Le plus encadré
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Motif économique

Étranger au salarié : difficultés, réorganisation, cessation. Reclassement obligatoire, puis CSP ou PSE selon la taille de l’entreprise.

Le licenciement pour motif personnel

Le licenciement personnel sanctionne ou constate quelque chose qui tient au salarié lui-même. Il se divise en deux familles que tout oppose juridiquement : les motifs disciplinaires, fondés sur une faute, et les motifs non disciplinaires, où aucune faute n’est reprochée.

Faute simple, faute grave, faute lourde

Le motif disciplinaire repose sur un comportement fautif, dont la gravité graduée détermine ce que le salarié touche en partant. Trois degrés existent, et l’écart financier entre eux est considérable.

La faute simple justifie la rupture sans empêcher le salarié de rester pendant son préavis. Il conserve donc son indemnité de licenciement, son préavis et ses congés payés. La faute grave rend impossible le maintien dans l’entreprise, même le temps du préavis : le salarié perd son indemnité de licenciement et son préavis, mais garde ses congés payés et ses allocations chômage. La faute lourde ajoute une intention de nuire à l’employeur. Mêmes privations que la faute grave, avec une différence : l’employeur peut réclamer des dommages et intérêts. Depuis une décision du Conseil constitutionnel de 2016, l’indemnité de congés payés reste due dans tous les cas.

Exemple : un salarié payé 2 400 € brut, six ans d’ancienneté, perd environ 3 600 € d’indemnité légale (2 400 × 1/4 × 6) et deux mois de préavis, soit 4 800 € de plus, si la faute grave est retenue à la place d’une faute simple.

Insuffisance professionnelle et inaptitude : sans faute

Un salarié peut être licencié pour motif personnel sans avoir commis la moindre faute. Deux situations le permettent, avec des effets très différents de ceux du disciplinaire.

L’incapacité objective et durable à tenir le poste relève de l’insuffisance professionnelle, qui n’est pas une faute (Cass. soc., 27 novembre 2013). Le licenciement pour insuffisance professionnelle ouvre droit au préavis et à l’indemnité de licenciement, et il échappe au délai de prescription de deux mois propre à la faute. Le licenciement pour inaptitude suppose, lui, un constat du médecin du travail et une recherche de reclassement préalable. Il n’y a pas de préavis exécuté. Si l’inaptitude a une origine professionnelle (accident du travail, maladie professionnelle), l’indemnité légale est doublée (art. L1226-14) et une indemnité compensatrice de préavis s’ajoute.

Le licenciement pour motif économique

Le licenciement économique ne reproche rien au salarié. Il découle de la situation de l’entreprise, définie à l’article L1233-3 : difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité ou cessation d’activité.

Concrètement, il faut une suppression ou une transformation d’emploi, ou le refus par le salarié d’une modification d’un élément essentiel de son contrat. Avant de licencier, l’employeur a l’obligation de chercher à reclasser le salarié dans l’entreprise ou le groupe.

Trois dispositifs distinguent ce motif des autres. Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) dans les entreprises de moins de 1 000 salariés, le congé de reclassement au delà, et le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) dès qu’un grand licenciement collectif est engagé. L’employeur applique aussi des critères d’ordre (charges de famille, ancienneté, qualités professionnelles) pour désigner les postes supprimés. L’indemnité légale reste due aux mêmes conditions que pour un motif personnel.

Individuel ou collectif : la seconde ligne de partage

Le nombre de salariés concernés change surtout la procédure, et il pèse avant tout sur le motif économique. Un licenciement personnel est par nature individuel, puisqu’il vise une situation propre à une personne.

Le licenciement individuel ne concerne qu’un seul salarié et suit une procédure allégée : entretien préalable, notification, préavis. Le licenciement collectif vise au moins deux salariés sur une période de trente jours. En dessous de dix départs, on parle de petit licenciement collectif, avec consultation du CSE. À partir de dix licenciements sur trente jours dans une entreprise d’au moins cinquante salariés, un PSE devient obligatoire.

Ce qui change concrètement d’un type à l’autre

Au delà des étiquettes, trois postes varient vraiment : l’indemnité de licenciement, le préavis et l’accès au chômage. Le tableau résume les écarts entre les principaux cas.

Type de licenciementIndemnité de licenciementPréavisAllocations chômage
Motif personnel non disciplinaire (insuffisance, inaptitude)Oui (doublée si inaptitude professionnelle)Oui, sauf inaptitudeOui
Faute simpleOuiOuiOui
Faute graveNonNonOui
Faute lourdeNonNonOui
Motif économiqueOui (+ CSP ou PSE)OuiOui

Le préavis légal dépend de l’ancienneté : un mois entre six mois et deux ans de présence, deux mois au delà (art. L1234-1). La convention collective peut l’allonger, jamais le réduire. La faute grave, la faute lourde et l’inaptitude le suppriment.

Un point surprend souvent : même licencié pour faute grave ou lourde, le salarié garde ses allocations chômage, car la perte d’emploi reste involontaire. Un différé d’indemnisation peut toutefois s’appliquer si une indemnité compensatrice de préavis ou une somme supra-légale est versée. Le détail des droits du salarié après un licenciement mérite d’être vérifié au cas par cas.

La qualification n’est pas gravée dans le marbre. Un employeur qui requalifie une insuffisance en faute, ou une faute simple en faute grave, cherche parfois à éviter de payer l’indemnité. Si le motif est contesté et que le juge requalifie en licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié récupère son indemnité légale et perçoit en plus le barème prévu à l’article L1235-3. Savoir contester un licenciement commence par relire la lettre, qui fixe les limites du litige.

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Pour aller plus loin, les procédures et étapes du licenciement détaillent le déroulé commun à tous les motifs, de la convocation à la notification. Et si le calendrier vous interroge, le délai entre l’entretien et le licenciement obéit à des règles précises qui encadrent la procédure.

Questions fréquentes

Tous. Même la faute grave ou lourde ouvre droit à l’allocation de retour à l’emploi, puisque la perte d’emploi reste involontaire. Un différé d’indemnisation peut s’appliquer si une indemnité de préavis ou supra-légale est versée.

Le motif économique et le motif personnel non disciplinaire ouvrent l’indemnité légale (1/4 de mois par an, puis 1/3 au delà de dix ans). L’inaptitude d’origine professionnelle la double. La faute grave ou lourde n’en ouvre aucune.

La faute lourde suppose une intention de nuire à l’employeur, qui peut alors réclamer des dommages et intérêts. Pour le reste, les conséquences financières sont identiques à celles de la faute grave : ni indemnité de licenciement, ni préavis.

Le préavis n’est pas exécuté. Sa durée est toutefois intégrée à l’ancienneté pour calculer l’indemnité, et l’inaptitude d’origine professionnelle ouvre en plus une indemnité compensatrice de préavis (art. L1226-14).

Oui, devant le conseil de prud’hommes. Si le juge requalifie la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié récupère l’indemnité légale et perçoit le barème de l’article L1235-3. La lettre de licenciement fixe les limites du litige.