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Estimer mes droits

Dispense de préavis : ce que l’employeur ne vous dit pas (et ce que ça change vraiment)

Être dispensé de préavis ne veut pas dire la même chose selon qui en prend l’initiative. Quand l’employeur impose la dispense, le salarié ne travaille plus mais reste payé : il touche une indemnité compensatrice de préavis égale au salaire qu’il aurait perçu. Quand c’est le salarié qui la demande et que l’employeur l’accepte, le préavis n’est ni effectué ni payé. Cette seule différence d’origine change le montant versé, la date de fin du contrat et le moment où le chômage commence.

La dispense reste une parenthèse dans le préavis de licenciement, pas une suppression : le contrat ne s’arrête pas plus tôt pour autant, et la plupart des droits du salarié continuent de courir jusqu’au terme théorique. Comprendre ce mécanisme évite deux erreurs coûteuses, partir trop vite en pensant toucher le chômage, ou renoncer à une somme pourtant due.

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Deux dispenses de préavis, deux régimes opposés

Le mot « dispense » recouvre deux situations juridiquement distinctes. L’origine de la décision, employeur ou salarié, détermine à elle seule si le préavis non effectué est payé. C’est le premier réflexe à avoir avant de discuter d’un solde de tout compte.

📌 L'essentiel

Dispense décidée par l’employeur : le salarié ne peut pas refuser et touche une indemnité compensatrice de préavis égale au salaire qu’il aurait perçu. Dispense demandée par le salarié et acceptée : le préavis n’est ni effectué ni payé. Dans les deux cas, l’allocation chômage ne démarre pas avant le terme théorique du préavis.

Dispense à l’initiative de l’employeur

L’employeur peut dispenser le salarié sans avoir à se justifier. Le salarié ne peut pas s’y opposer : s’il persiste à se présenter à son poste, l’employeur pourrait invoquer une faute grave et mettre fin immédiatement au préavis. En contrepartie de ce préavis non travaillé, le salarié perçoit l’indemnité compensatrice, qui correspond au salaire qu’il aurait touché jusqu’au bout.

Le contrat continue de produire ses effets : le salarié reste dans les effectifs jusqu’au terme du préavis, peut participer aux élections professionnelles et conserve ses avantages. Il est libre de retrouver un emploi sans attendre la fin du contrat, sauf clause de non-concurrence, et l’indemnité lui reste acquise même s’il commence ailleurs.

Dispense à la demande du salarié

Le salarié peut, de son côté, demander à ne pas exécuter tout ou partie de son préavis, souvent parce qu’il a déjà retrouvé un poste. Cette dispense suppose l’accord exprès de l’employeur. S’il l’accorde, le préavis n’est pas réalisé et n’est pas payé : aucune indemnité compensatrice n’est due. Une fois la dispense notifiée, elle devient irrévocable sans l’accord de l’autre partie.

Si l’employeur refuse, le salarié reste tenu d’effectuer son préavis jusqu’à la date de fin de contrat. Partir quand même expose à devoir verser à l’employeur une somme équivalente à l’indemnité compensatrice, et, en cas d’abus, des dommages et intérêts pour rupture brutale du contrat.

CritèreDispense par l’employeurDispense demandée par le salarié
Le salarié peut-il refuser ?Non, elle s’impose à luiSans objet : c’est lui qui demande
Accord nécessaireNonOui, accord exprès de l’employeur
Indemnité compensatrice de préavisDue, à hauteur du salaire intégralNon due
Date de fin du contratTerme théorique du préavisDépart physique du salarié
Allocation chômageÀ compter du terme théorique du préavisPas avant le terme théorique du préavis
Travailler ailleursPossible, sauf clause de non-concurrencePossible, sauf clause de non-concurrence

Qui paie, et combien : l’indemnité compensatrice de préavis

Quand la dispense vient de l’employeur, l’inexécution du préavis n’entraîne aucune diminution des salaires et avantages que le salarié aurait perçus, indemnité de congés payés comprise. L’indemnité compensatrice reproduit donc la rémunération du préavis, sans décote liée au fait que le salarié ne travaille pas.

L’assiette retenue est le dernier salaire, ou une moyenne quand la rémunération varie d’un mois sur l’autre. Elle intègre les commissions, les majorations pour travail de nuit ou jours fériés, et les primes qui arrivent à échéance pendant le préavis, y compris une prime sur objectifs. Les remboursements de frais professionnels en sont exclus. Cette indemnité a la même nature qu’un salaire : elle est soumise à cotisations, figure sur le bulletin de paie et se cumule avec l’indemnité de licenciement et l’indemnité compensatrice de congés payés. Le tout est versé au solde de tout compte.

La durée prise en compte suit le préavis légal ou conventionnel : un mois entre six mois et deux ans d’ancienneté, deux mois au-delà, les cadres relevant souvent de durées plus longues fixées par leur convention. Plus le préavis est long, plus l’indemnité l’est aussi.

Exemple : un salarié payé 2 500 € brut par mois, avec deux ans d’ancienneté, donc un préavis légal de deux mois, dispensé par son employeur, perçoit une indemnité compensatrice de préavis d’environ 5 000 € brut. S’y ajoutent, séparément, son indemnité de licenciement et son indemnité de congés payés.

La date de fin du contrat ne bouge pas

C’est le point que la plupart des salariés ignorent. La dispense décidée par l’employeur libère du travail, elle n’avance pas la fin du contrat. Celui-ci prend fin à la date théorique du préavis, comme si le salarié l’avait exécuté.

Les conséquences sont concrètes. L’ancienneté continue de courir jusqu’à ce terme, ce qui peut jouer sur le calcul de l’indemnité de licenciement. Les congés payés continuent de s’acquérir sur la période. Le salarié reste couvert par la mutuelle d’entreprise jusqu’à la fin, et garde la qualité de membre du personnel. Dans la dispense demandée par le salarié, en revanche, le contrat se termine au départ physique : ces effets s’arrêtent plus tôt, ce qui rend cette voie moins protectrice qu’elle n’en a l’air.

Chômage : pourquoi l’ARE ne démarre pas plus tôt

Quitter l’entreprise plus tôt donne l’impression que le compteur du chômage se déclenche. Il n’en est rien. France Travail a besoin d’une fin de contrat effective pour ouvrir un droit.

S’inscrire pendant le préavis aboutit à un rejet de la demande, puisque le contrat est toujours en cours. L’allocation ne peut commencer qu’à partir de la fin du contrat, soit le terme théorique du préavis, avant l’application des différés d’indemnisation, congés payés et différé spécifique, et du délai d’attente de sept jours. Le calcul exact de ces différés relève de France Travail, qui le détermine à partir de l’attestation employeur.

Pour le salarié qui a demandé sa dispense, l’effet est doublement défavorable : il ne perçoit ni salaire, ni indemnité, et l’allocation ne démarre pas non plus avant le terme théorique du préavis. Il existe une exception nette : en cas de faute grave ou lourde, il n’y a pas de préavis du tout, et l’indemnisation peut débuter dès le lendemain de la rupture. Si le conseil de prud’hommes écarte ensuite cette faute, l’indemnité compensatrice devient due rétroactivement et la date de prise en charge est revue.

Pendant le préavis non effectué : vos droits, et sécuriser la dispense

Une dispense ne place pas le salarié dans un vide juridique. Plusieurs droits se poursuivent, et quelques précautions évitent un litige sur ce qui a réellement été convenu.

Le salarié dispensé par son employeur peut occuper un nouvel emploi immédiatement, y compris chez un concurrent, en l’absence de clause de non-concurrence. S’il est lié par une telle clause, il ne peut pas travailler pour la concurrence, mais perçoit alors l’indemnité compensatrice de préavis et l’indemnité de non-concurrence. Les avantages en nature sont en principe maintenus jusqu’au terme du préavis : une voiture de fonction reste utilisable à titre personnel, un logement de fonction doit être libéré à la fin du préavis non effectué.

Côté preuve, la dispense ne se présume pas. Elle doit résulter d’une volonté claire et non équivoque de l’employeur, le plus souvent une mention sur la lettre de licenciement. Une confirmation écrite est vivement conseillée : en cas de litige, c’est au salarié d’apporter la preuve de la dispense. Une simple signature de l’employeur sur un courrier du salarié, ou une mention « libre de tout engagement » sur le certificat de travail, ne suffisent pas toujours à l’établir.

  • Obtenir la dispense par écrit : mention sur la lettre de licenciement ou confirmation signée
  • Vérifier la présence d’une clause de non-concurrence avant d’accepter un nouvel emploi
  • Contrôler que la date de fin de contrat retenue est bien le terme théorique du préavis
  • S’assurer que l’indemnité compensatrice figure sur le bulletin de paie et le solde de tout compte
  • Conserver tous les échanges écrits en cas de désaccord sur l’origine de la dispense

Quand la dispense est verbale, contestée, ou enveloppée dans une faute grave que vous estimez injustifiée, les enjeux sont réels : c’est à la fois l’indemnité compensatrice et le calendrier de votre chômage qui se jouent. Un regard juridique rapide permet de vérifier ce qui vous est dû avant de signer le solde de tout compte.

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Questions fréquentes

Non. La dispense est un droit de l’employeur : le salarié ne peut pas s’y opposer. S’il continue à se présenter à son poste, l’employeur pourrait y voir une faute grave. En contrepartie, le salarié touche l’indemnité compensatrice de préavis.

Non. S’inscrire pendant le préavis donne lieu à un rejet, le contrat étant toujours en cours. L’allocation ne peut commencer qu’à partir du terme théorique du préavis, avant application des différés et du délai d’attente de sept jours.

Oui, dès lors qu’aucune clause de non-concurrence ne s’y oppose, y compris chez un concurrent. Dans une dispense décidée par l’employeur, l’indemnité compensatrice reste acquise même si le salarié commence un nouvel emploi.

La loi n’impose pas de forme, mais la dispense ne se présume pas. Une mention sur la lettre de licenciement ou une confirmation écrite est fortement conseillée : en cas de litige, c’est au salarié de prouver qu’il a bien été dispensé.

Non : la faute grave ou lourde prive le salarié de préavis, donc d’indemnité compensatrice. Mais si le conseil de prud’hommes écarte la faute, l’indemnité devient due rétroactivement, même si le salarié n’aurait pas pu exécuter son préavis.