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Estimer mes droits

Délai prud’hommes : ce que les vrais chiffres révèlent sur votre procédure

Un même mot, deux compteurs qui n’ont rien à voir. « Délai prud’hommes » désigne d’un côté le temps dont vous disposez pour saisir la juridiction, de l’autre le temps qu’elle mettra à trancher. Le premier va de 6 mois à 10 ans selon ce que vous contestez. Le second tourne autour de quinze à dix-huit mois. Confondre les deux coûte cher : un dossier déposé hors délai est déclaré irrecevable, quelle que soit la solidité des arguments.

Avant de saisir les prud’hommes, le premier réflexe utile n’est pas de rédiger sa requête, c’est de vérifier le délai applicable à sa situation. Car il ne dépend pas de la gravité du litige mais de sa nature juridique : contester un licenciement, réclamer un salaire ou dénoncer un harcèlement n’ouvrent pas la même fenêtre. Et le compte à rebours démarre souvent plus tôt qu’on ne le croit, au jour où vous avez connu les faits, pas au jour où vous décidez d’agir.

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Deux délais à ne pas confondre : saisir à temps, puis attendre le jugement

La plupart des recherches sur le « délai prud’hommes » mélangent deux questions distinctes. L’une conditionne votre droit d’agir, l’autre votre patience.

Le délai pour saisir est un délai de prescription. Passé ce terme, l’action est irrecevable : le juge ne regarde même pas le fond du dossier. C’est une question de recevabilité, et c’est le seul délai qui peut vous faire perdre vos droits. La durée de la procédure, elle, est le temps de traitement une fois le dossier déposé. Elle n’affecte pas vos droits, seulement le moment où vous serez fixé. La suite traite les deux, en commençant par celui qui compte vraiment.

Combien de temps pour saisir selon ce que vous contestez

Il n’existe pas un délai unique pour saisir les prud’hommes, mais une série de délais calés sur la nature de la demande. Les plus fréquents vont de 6 mois à 3 ans, quelques-uns montent à 5 ou 10 ans.

📌 Les délais à retenir

Vous avez 12 mois pour contester un licenciement ou une rupture conventionnelle, 2 ans pour un litige d’exécution du contrat, 3 ans pour des salaires impayés, 5 ans pour un harcèlement ou une discrimination. Le reçu pour solde de tout compte signé, lui, ne se conteste plus que 6 mois après sa réception.

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux délais et leur point de départ. Chaque ligne renvoie à un article précis du Code du travail, ce qui compte le jour où l’employeur oppose la prescription.

LitigeDélai pour saisirPoint de départTexte
Contestation d’un licenciement (motif, procédure)12 moisNotification du licenciementL1471-1, L1235-7
Rupture conventionnelle (validité, homologation)12 moisHomologationL1237-14
Prise d’acte, résiliation judiciaire12 moisRupture du contratL1471-1
Exécution du contrat (requalification CDD, frais…)2 ansConnaissance des faitsL1471-1
Travail dissimulé2 ansRupture du contratL8223-1
Salaires, primes, heures supplémentaires3 ansExigibilité du salaireL3245-1
Reçu pour solde de tout compte signé6 moisRéception du reçuL1234-20
Harcèlement moral ou sexuel5 ansDernier fait de harcèlementL1471-1, 2224 C. civ.
Discrimination5 ansRévélation de la discriminationL1134-5
Dommage corporel (accident du travail)10 ansConsolidation du dommage2226 C. civ.

Ces délais se sont resserrés au fil des réformes. Contester un licenciement ouvrait 5 ans avant 2008, puis 2 ans après la loi du 14 juin 2013, et seulement 12 mois depuis l’ordonnance du 22 septembre 2017. Un salarié qui se fie à un vieux souvenir ou à un article ancien risque donc de croire disposer de bien plus de temps qu’il n’en a réellement.

Quand le compte à rebours démarre vraiment

Le délai ne se compte pas toujours à partir de la date que l’on imagine. La règle générale fixe le départ au jour où le demandeur a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir.

Toute action portant sur l’exécution ou la rupture du contrat de travail se prescrit à compter du jour où celui qui l’exerce a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer son droit (article L1471-1 du Code du travail).

En pratique, le point de départ dépend du litige. Pour un licenciement, c’est la notification, soit l’envoi de la lettre recommandée, pas sa réception ni la fin du préavis. Pour une rupture conventionnelle, c’est l’homologation par l’administration. Pour un salaire, le délai court à chaque échéance de paie : il glisse, et une action engagée aujourd’hui permet de réclamer les sommes dues au titre des trois dernières années. Pour un reçu pour solde de tout compte, la signature déclenche le délai de 6 mois ; ne pas signer laisse jouer les prescriptions ordinaires, plus longues.

Exemple : un salarié reçoit la notification de son licenciement le 15 mars 2025. Sauf harcèlement ou motif de nullité, il a jusqu’au 15 mars 2026 pour saisir le conseil de prud’hommes. Le 16 mars, son action est prescrite, même si le licenciement était manifestement abusif.

Des causes de suspension ou d’interruption peuvent geler ce compte à rebours : une médiation engagée, une saisine du Défenseur des droits, une reconnaissance de dette de l’employeur. Elles n’effacent pas le délai, elles le prolongent. C’est souvent là que se joue la recevabilité d’un dossier limite.

Harcèlement, discrimination, accident : les délais qui dépassent un an

La règle des 12 mois pour contester une rupture connaît des exceptions décisives, et beaucoup de salariés les ignorent. Le fondement invoqué change le délai applicable.

Quand un licenciement est attaqué en nullité pour harcèlement moral, ce n’est plus le délai de 12 mois qui s’applique, mais celui de 5 ans. La Cour de cassation l’a confirmé nettement : l’action en nullité fondée sur le harcèlement relève de la prescription quinquennale, pas de celle des contestations de licenciement de droit commun (Cass. soc., 4 septembre 2024, n° 22-22860). Même durée pour la discrimination, à compter de sa révélation, c’est-à-dire du jour où le salarié dispose des éléments de comparaison qui la mettent en évidence. Enfin, un dommage corporel lié au travail se prescrit par 10 ans à compter de la consolidation. Concrètement, invoquer un harcèlement ou une discrimination peut rendre recevable une action qui serait prescrite sur le seul terrain du licenciement.

Depuis mars 2026, 50 € de timbre pour que le dossier soit recevable

Respecter le délai ne suffit plus. Une seconde condition de recevabilité s’est ajoutée, et les guides antérieurs à 2026 ne la mentionnent pas.

Depuis le 1er mars 2026, saisir le conseil de prud’hommes suppose le paiement d’un timbre fiscal de 50 €, la contribution pour l’aide juridique instaurée par la loi de finances pour 2026 (article 1635 bis Q du Code général des impôts). Il s’achète uniquement en ligne, sur timbres.impots.gouv.fr, reste valable 12 mois et s’ajoute à la requête en première instance. Les bénéficiaires de l’aide juridictionnelle, totale ou partielle, en sont exonérés. Ce n’est pas un simple frais : c’est une condition de recevabilité. Le greffe invite toutefois à régulariser dans un délai d’un mois avant qu’une irrecevabilité ne soit prononcée. En appel, lorsque l’avocat est obligatoire, le droit de timbre grimpe à 225 €.

Combien de temps dure la procédure une fois saisie

Une fois la requête déposée dans les délais, l’autre compteur démarre : celui du traitement. Il est bien plus long qu’on ne l’imagine.

Comptez en général quinze à dix-huit mois entre la saisine et le jugement, davantage dans les conseils les plus engorgés comme Paris. La phase de conciliation intervient tôt, souvent dans les 1 à 4 mois, mais aboutit rarement. L’essentiel de l’attente porte sur l’audience de jugement. Ce délai n’entame pas vos droits, mais il rend d’autant plus utile de préparer le fond en amont : rassembler la preuve prud’hommes exploitable prend du temps, et les attestations comme le témoignage prud’hommes n’ont de poids que datés et circonstanciés. Un dossier monté proprement dès le dépôt évite les renvois qui allongent encore la procédure.

Sur le même sujet, deux points prolongent celui-ci. Le mécanisme précis de la prescription prud’hommes détaille le point de départ, la suspension et l’interruption des délais. Et une fois la recevabilité acquise, l’enjeu devient le montant : l’indemnité prud’hommes que le conseil peut accorder dépend du barème et de votre situation.

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Questions fréquentes

En principe non : passé le délai, l’action est irrecevable et le juge ne statue pas sur le fond. Seules des causes de suspension ou d’interruption survenues à temps (médiation, saisine du Défenseur des droits, reconnaissance de dette) peuvent avoir prolongé le délai. Un avocat vérifie si l’une d’elles s’applique.

Non. Les 12 mois concernent la contestation d’une rupture. Pour un rappel de salaire, de primes ou d’heures supplémentaires, le délai est de 3 ans (article L3245-1), à compter de l’exigibilité de chaque somme. La demande peut porter sur les 3 dernières années.

À compter de la notification, c’est-à-dire de l’envoi de la lettre recommandée de licenciement, et non de sa réception ni de la fin du préavis. Vous disposez alors de 12 mois pour saisir le conseil de prud’hommes.

Oui, depuis le 1er mars 2026. La saisine suppose un timbre fiscal de 50 €, sauf pour les bénéficiaires de l’aide juridictionnelle. Le timbre s’achète en ligne et vaut 12 mois. C’est une condition de recevabilité, mais le greffe laisse un mois pour régulariser.

Entre 15 et 18 mois en moyenne, de la saisine au jugement, avec de fortes disparités selon les conseils. La conciliation intervient dans les 1 à 4 mois, mais l’essentiel de l’attente porte sur l’audience de jugement.

Oui. Quand le licenciement est attaqué en nullité pour harcèlement moral, le délai passe de 12 mois à 5 ans (Cass. soc., 4 septembre 2024). La discrimination ouvre également 5 ans à compter de sa révélation, et un dommage corporel 10 ans.