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Indemnité supra-légale : ce que personne ne vous dit avant de négocier

Une indemnité de départ supérieure au minimum légal ne veut pas dire plus d’argent net, ni plus vite. La fraction versée au-delà de l’indemnité légale ou conventionnelle porte un nom précis, l’indemnité supra-légale, et un régime à part : elle peut être partiellement imposable, elle supporte la CSG-CRDS dès le premier euro au-dessus du plancher légal, et elle repousse le versement de vos allocations chômage.

Contrairement à une idée tenace, cette part négociée n’est pas toujours traitée « comme un salaire » face à l’impôt. Tout se joue sur le montant total perçu et sur des plafonds d’exonération réévalués chaque année. Comme les autres indemnités de rupture, elle apparaît sur le bulletin de paie ligne par ligne, chacune suivant ses propres règles fiscales et sociales.

La vraie question n’est donc pas de savoir combien vous allez toucher, mais combien il vous restera et à quelle date. Un supra-légal mal calibré peut vous priver d’allocations pendant cinq mois pleins.

Quel est votre minimum légal ?

Estimez votre indemnité légale de licenciement : c'est le seuil à partir duquel tout devient supra-légal.

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Ce que recouvre exactement l’indemnité supra-légale

Trois indemnités de rupture coexistent, et une seule échappe au cadre imposé par la loi. Situer la vôtre commence par identifier laquelle sert de plancher.

L’indemnité légale de licenciement (articles L1234-9 et R1234-2 du Code du travail) constitue le minimum garanti dès 8 mois d’ancienneté : un quart de mois de salaire par année sur les dix premières années, un tiers au-delà. L’indemnité conventionnelle s’y substitue quand la convention collective prévoit mieux. L’indemnité supra-légale, elle, ne repose sur aucune obligation : c’est tout ce qui dépasse le plus favorable de ces deux planchers.

Le calcul est une simple soustraction : montant total perçu moins indemnité légale ou conventionnelle. Elle se rencontre lors d’un licenciement, d’une rupture conventionnelle, d’une transaction destinée à solder un litige, ou dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi. Pour l’impôt et les cotisations, l’administration « fait masse » : elle raisonne sur l’indemnité totale, pas sur la seule part négociée. Ce détail change tout.

📌 L'essentiel en chiffres

La supra-légale est la part versée au-delà de l’indemnité légale ou conventionnelle. Exonérée de cotisations dans la limite de 2 PASS (96 120 € en 2026), exonérée d’impôt sur le revenu jusqu’à un plafond pouvant atteindre 6 PASS (288 360 €), mais soumise à la CSG-CRDS de 9,70 % dès le premier euro au-dessus du plancher légal. Côté chômage, elle crée un différé : montant ÷ 111,8, plafonné à 150 jours.

Dans quels cas vous pouvez en négocier une

La loi n’oblige aucun employeur à verser plus que le minimum. Une supra-légale se gagne donc sur un rapport de force ou découle d’une convention plus généreuse.

Quatre situations reviennent. Une convention collective favorable peut imposer une indemnité supérieure au Code du travail. Une rupture conventionnelle laisse négocier librement tout montant au-dessus du minimum légal : c’est le terrain le plus courant. Une transaction sert à clore un litige quand le motif du licenciement est fragile. Enfin, un PSE fixe des montants collectifs pour accompagner les départs. Votre marge est toujours plus large quand la rupture part de l’employeur : c’est lui qui veut aboutir.

Un élément pèse dans la négociation, côté employeur : une rupture conventionnelle déclenche une contribution patronale spécifique portée à 40 % au 1er janvier 2026 (contre 30 % auparavant) sur la part exonérée de cotisations. Ce surcoût explique une partie des résistances sur le montant proposé.

  • Une ancienneté élevée, qui justifie une compensation au-delà du barème
  • Un motif de rupture fragile, exposant l’employeur à un contentieux prud’homal
  • Une clause de non-concurrence qui limite votre retour à l’emploi
  • Un préjudice spécifique documenté (perte de rémunération variable, conditions de départ)
  • Une rupture voulue par l’employeur, qui vous donne la main sur le rythme

Le régime fiscal et social, sans le raccourci habituel

« La supra-légale est imposée comme un salaire » : la formule est fausse une fois sur deux. L’exonération se calcule sur l’indemnité totale et non sur la seule part légale, ce qui laisse souvent la part négociée à l’abri de l’impôt.

Pour l’impôt sur le revenu (article 80 duodecies du Code général des impôts), l’indemnité est exonérée à hauteur du plus élevé de trois montants : l’indemnité légale ou conventionnelle, la moitié de l’indemnité totale, ou le double de votre rémunération brute de l’année précédente. Les deux derniers plafonds ne peuvent dépasser six fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 288 360 € en 2026. Tant que le total reste sous ce seuil, la supra-légale échappe elle aussi à l’impôt. Pour situer le plancher qui sert de référence, appuyez-vous sur le barème de l’indemnité de licenciement.

Les cotisations sociales suivent la même base, mais dans la limite de 2 PASS (96 120 € en 2026). Au-delà, la fraction excédentaire est soumise. Et si l’indemnité totale dépasse 10 PASS (480 600 €), tout est soumis dès le premier euro. La CSG-CRDS est plus stricte : elle n’est exonérée qu’à hauteur de l’indemnité légale ou conventionnelle. La supra-légale y est donc soumise au taux de 9,70 %, sans l’abattement de 1,75 % appliqué aux salaires.

Sur votre bulletin de paie, chaque ligne suit son propre régime : indemnité légale, supra-légale, indemnité compensatrice de préavis et congés payés ne se traitent pas de la même façon. Une ventilation approximative expose l’employeur à un redressement, et vous à un net erroné.

PrélèvementPart exonéréeSeuil 2026
Impôt sur le revenuLe plus élevé de : indemnité légale/conventionnelle, 50 % du total, 2× salaire brut N-1Plafond 6 PASS : 288 360 €
Cotisations socialesMême base, dans la limite de 2 PASS96 120 € (tout soumis au-delà de 10 PASS : 480 600 €)
CSG-CRDSÀ hauteur de l’indemnité légale ou conventionnelle uniquementSupra soumise à 9,70 %
Exemple : un salarié payé 2 800 € brut par mois (33 600 € par an), 5 ans d’ancienneté, obtient une rupture négociée à 15 000 €. Son indemnité légale s’élève à 3 500 € (2 800 × 1/4 × 5), soit 11 500 € de supra-légale. Le plafond d’exonération d’impôt le plus favorable atteint 67 200 € (2× le salaire annuel) : les 15 000 € passent intégralement, supra comprise. En revanche, la CSG-CRDS frappe la part au-dessus du plancher légal, soit environ 1 116 € (11 500 × 9,70 %).

L’impact sur votre chômage : le différé qui surprend

Le montant négocié ne change pas le calcul de votre allocation. Il en repousse seulement le versement, parfois de plusieurs mois. C’est le mécanisme le plus mal compris de la rupture.

France Travail applique un différé spécifique égal au montant de la supra-légale divisé par 111,8 (valeur fixée par l’Unédic pour 2026, indexée sur le plafond de la Sécurité sociale et réévaluée chaque 1er janvier), arrondi au jour supérieur. Ce différé est plafonné à 150 jours calendaires, ramenés à 75 jours en cas de licenciement économique. Le plafond est atteint dès 16 770 € de supra-légale.

Ce différé s’ajoute au délai d’attente incompressible de 7 jours et au différé lié à l’indemnité compensatrice de congés payés (jusqu’à 30 jours). Il ne réduit ni la durée totale de vos droits ni le montant de l’allocation : il décale simplement le point de départ. Seule exception, l’adhésion à un contrat de sécurisation professionnelle après un licenciement économique supprime le différé, l’allocation étant versée dès le lendemain de la fin du contrat.

Le différé ne se limite pas aux ruptures conventionnelles. Une indemnité transactionnelle versée pour solder une contestation de licenciement abusif entre elle aussi dans l’assiette, pour sa part excédant le minimum légal.

Exemple : une supra-légale de 12 000 € génère un différé de 108 jours (12 000 ÷ 111,8, arrondi au jour supérieur), auxquels s’ajoutent les 7 jours de délai d’attente. Pour une fin de contrat au 30 septembre, la première allocation ne tombe qu’à la mi-janvier. Négocier 3 000 € de plus, c’est repousser le versement d’environ 27 jours supplémentaires.

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Questions fréquentes

Pas toujours. Elle est exonérée d’impôt tant que l’indemnité totale reste sous le plafond le plus favorable (indemnité légale, 50 % du total ou 2× le salaire annuel, dans la limite de 288 360 € en 2026). Seule la fraction qui dépasse ce seuil est imposable. La CSG-CRDS de 9,70 % s’applique en revanche toujours à la part au-dessus du plancher légal.

Soustrayez l’indemnité légale ou conventionnelle du total perçu. Un départ à 20 000 € avec une indemnité légale de 6 000 € correspond à 14 000 € de supra-légale.

France Travail divise la supra-légale par 111,8 en 2026 pour obtenir le nombre de jours de différé, plafonné à 150 jours (75 en licenciement économique). Le plafond est atteint dès 16 770 € de supra-légale.

Oui. Le montant au-delà du minimum légal se négocie librement. Une ancienneté élevée, un motif de rupture contestable ou une clause de non-concurrence renforcent votre position.

Non. Une démission n’ouvre en principe aucune indemnité de rupture, donc pas de part supra-légale, sauf disposition plus favorable de la convention collective.