Maladie professionnelle : reconnaissance, indemnités et rente
Une maladie professionnelle est une maladie contractée du fait de votre travail habituel. Si elle figure dans un tableau et que vous remplissez ses conditions, son origine est présumée ; sinon, elle peut être reconnue si elle entraîne une incapacité d’au moins 25 %. La reconnaissance change tout : soins pris en charge à 100 %, indemnités journalières à 60 % puis 80 % du salaire, rente en cas de séquelles et protection contre le licenciement.
Le problème, c’est que personne ne fera la démarche à votre place. L’employeur n’a aucun intérêt à voir ses cotisations grimper, et la CPAM instruit le dossier sans complaisance. Les délais sont courts, les pièces précises, et une erreur de case peut coûter des années d’indemnisation. Cette page fait partie du dossier Santé au travail.
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Faire évaluer mon préjudice →Maladie professionnelle : la reconnaissance par les tableaux
Le régime général compte plus d’une centaine de tableaux de maladies professionnelles, annexés au Code de la sécurité sociale. Chacun décrit une pathologie, la liste des travaux susceptibles de la provoquer et deux délais : la durée d’exposition minimale et le délai de prise en charge, c’est-à-dire le temps maximal entre la fin de l’exposition et la première constatation médicale. Le détail de chaque tableau est présenté dans notre page Tableaux maladies professionnelles.
Quand les trois conditions sont remplies, la maladie est présumée professionnelle. Vous n’avez pas à prouver que votre travail l’a causée, c’est à la caisse ou à l’employeur de démontrer le contraire, ce qui est rare. Les troubles musculosquelettiques de l’épaule, du coude ou du dos, la surdité liée au bruit ou les affections dues à l’amiante relèvent de ce mécanisme et forment l’essentiel des reconnaissances.
Si une condition du tableau manque, par exemple une durée d’exposition un peu trop courte, la maladie peut encore être reconnue. La CPAM transmet alors le dossier au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, le CRRMP, qui doit établir que la maladie est directement causée par le travail habituel.
Les maladies hors tableau, dont le burn-out
Une maladie qui ne figure dans aucun tableau n’est pas exclue pour autant. Elle peut être reconnue si elle est essentiellement et directement causée par le travail et si elle entraîne le décès ou une incapacité permanente d’au moins 25 %. C’est la voie du burn-out et des autres troubles psychiques liés au travail, qu’aucun tableau ne vise. Le taux de 25 % est une estimation faite par le médecin-conseil avant même la consolidation, ce qui laisse une marge de discussion. Les dossiers aboutissent, mais lentement, et un récit précis des faits pèse lourd devant le CRRMP.
Maladie inscrite à un tableau et conditions remplies : origine présumée. Hors tableau : reconnaissance possible si l’incapacité atteint 25 %, après avis du CRRMP. Délai de déclaration : 15 jours en principe, 2 ans au maximum à partir du certificat médical qui fait le lien. La CPAM a 120 jours francs pour décider, 120 de plus si le CRRMP est saisi.
Accident du travail ou maladie professionnelle ?
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Déclarer une maladie professionnelle : démarches et délais
C’est à vous, et non à l’employeur, de déclarer la maladie à la CPAM. Le dossier comprend le formulaire de déclaration de maladie professionnelle, le certificat médical initial établi par votre médecin et l’attestation de salaire fournie par l’employeur. Le délai théorique est de 15 jours après l’arrêt de travail, mais le vrai couperet est la prescription de 2 ans, qui court à partir de la date du certificat médical vous informant du lien possible entre la maladie et le travail.
La caisse dispose ensuite de 120 jours francs à compter du dossier complet pour se prononcer. Elle envoie un questionnaire à vous et à l’employeur, peut mener une enquête et vous laisse consulter le dossier avant de décider. Si le CRRMP doit être saisi, un nouveau délai de 120 jours s’ouvre. Sans réponse dans les délais, la maladie n’est pas reconnue d’office : il faut relancer et, le cas échéant, contester.
| Étape | Délai | Qui agit |
|---|---|---|
| Certificat médical initial | Dès que le lien est soupçonné | Médecin traitant ou spécialiste |
| Déclaration à la CPAM | 15 jours, 2 ans au plus | Salarié |
| Instruction | 120 jours francs | CPAM |
| Avis du CRRMP si nécessaire | 120 jours supplémentaires | CPAM et comité |
| Contestation d’un refus | 2 mois après la notification | Salarié, commission de recours amiable |
En cas de refus, la contestation passe d’abord par la commission de recours amiable de la caisse, ou par la commission médicale de recours amiable si le désaccord porte sur un point médical, puis par le pôle social du tribunal judiciaire. Le refus mentionne les délais et l’adresse de la commission : gardez l’enveloppe.
Un dossier se gagne souvent avant même son dépôt. Rassemblez vos fiches de poste, vos plannings, les attestations de collègues, les comptes rendus du CSE et les échanges avec la médecine du travail. Le questionnaire de la caisse arrive vite et l’employeur, lui, y répond avec son service juridique : décrivez vos gestes, vos cadences, les charges portées et la durée réelle d’exposition, chiffres à l’appui. Vous pouvez aussi demander à consulter les pièces versées par l’employeur avant la décision et y répondre par écrit.
Indemnités d’une maladie professionnelle reconnue
Une fois la maladie professionnelle reconnue, les soins qui s’y rattachent sont pris en charge à 100 % sur la base des tarifs de la Sécurité sociale, sans avance de frais avec la feuille d’accident remise par la caisse. L’arrêt de travail est indemnisé sans délai de carence, à des taux plus favorables que l’arrêt maladie ordinaire.
| Période d’arrêt | Taux | Maximum par jour (maladie survenue avant le 1er novembre 2026) | Maximum par jour (maladie survenue à partir du 1er novembre 2026) |
|---|---|---|---|
| Jours 1 à 28 | 60 % du salaire journalier de base | 240,49 € | 65,17 € |
| À partir du 29e jour | 80 % du salaire journalier de base | 320,66 € | 86,90 € |
Le salaire journalier de base correspond au salaire brut du mois précédant l’arrêt divisé par 30,42. Un décret du 30 septembre 2026 a ramené le plafond de ce salaire journalier de 400,82 € à 108,62 €, soit environ 1,8 SMIC, pour les accidents et maladies professionnelles survenus à compter du 1er novembre 2026. Les salaires moyens ne voient pas la différence ; au-delà de 1,8 SMIC, la perte est sèche.
L’employeur complète ces indemnités si vous avez un an d’ancienneté, au titre du maintien de salaire prévu par le Code du travail ou, plus souvent, par la convention collective, sans les jours de carence applicables à la maladie ordinaire.
Rente pour maladie professionnelle et retraite
À la consolidation, le médecin-conseil fixe un taux d’incapacité permanente. En dessous de 10 %, vous recevez un capital forfaitaire versé en une fois, selon un barème. À partir de 10 %, vous touchez une rente viagère, calculée sur votre salaire des 12 derniers mois multiplié par un taux utile : la moitié du taux d’incapacité jusqu’à 50 %, puis une fois et demie la part qui dépasse 50 %. La rente pour une maladie professionnelle de l’épaule, l’une des plus recherchées, suit exactement ce calcul. Le taux est contestable devant la commission médicale de recours amiable, et c’est souvent là que se joue l’essentiel de l’indemnisation.
Côté retraite, une incapacité permanente d’au moins 20 % reconnue au titre d’une maladie professionnelle ouvre, sous conditions, un départ anticipé à taux plein dès 60 ans. Un taux compris entre 10 % et 20 % peut aussi y donner accès si vous justifiez de 17 ans d’exposition à des facteurs de risque.
Maladie professionnelle reconnue : et après, au travail ?
Pendant l’arrêt, votre contrat est suspendu et vous êtes protégé. L’employeur ne peut vous licencier que pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maladie, selon l’article L1226-9 du Code du travail. Tout autre licenciement est nul. La protection vaut dès que l’employeur a connaissance de la déclaration, même avant la décision de la caisse. Elle est plus forte que celle prévue en cas d’arrêt maladie et licenciement d’origine non professionnelle.
À la reprise, la visite médicale peut déboucher sur un aménagement de poste ou une inaptitude au travail. Si le reclassement est impossible, le licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle ouvre droit à une indemnité de licenciement doublée et à une indemnité égale au préavis. La procédure et le calcul sont détaillés dans notre page sur le licenciement pour inaptitude professionnelle. Une demande de RQTH peut aussi faciliter un maintien dans l’emploi ou un reclassement.
Reste la faute inexcusable. Si l’employeur avait conscience du danger et n’a pas pris les mesures pour vous en protéger, vous pouvez obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de préjudices que la Sécurité sociale ne couvre pas : souffrances, préjudice esthétique, perte de chance de promotion. L’action se prescrit par deux ans et se prépare avec un avocat spécialisé en dommage corporel.
Questions fréquentes
Une maladie contractée du fait du travail habituel. Elle est présumée professionnelle si elle figure dans un tableau et que ses conditions sont remplies. Hors tableau, elle peut être reconnue si elle est directement causée par le travail et entraîne une incapacité d’au moins 25 %.
15 jours après l’arrêt de travail en principe, mais la prescription est de 2 ans à partir du certificat médical qui vous informe du lien possible entre la maladie et votre travail.
Oui, mais il ne figure dans aucun tableau. Il faut démontrer qu’il est essentiellement et directement causé par le travail et qu’il entraîne une incapacité permanente estimée à au moins 25 %, après avis du comité régional.
60 % du salaire journalier de base pendant 28 jours, puis 80 %, sans délai de carence. Pour une maladie survenue à partir du 1er novembre 2026, le salaire journalier retenu est plafonné à 108,62 €. Les soins sont pris en charge à 100 %.
Sous 10 % d’incapacité, un capital forfaitaire est versé. À partir de 10 %, la rente est égale au salaire des 12 derniers mois multiplié par un taux utile : la moitié du taux jusqu’à 50 %, puis une fois et demie la part qui dépasse 50 %.
Seulement pour faute grave ou pour un motif étranger à la maladie rendant impossible le maintien du contrat. Tout autre licenciement prononcé pendant l’arrêt est nul.