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Estimer mes droits

Indemnité prud’hommes : ce que le barème Macron ne dit pas sur votre dossier

Saisir le conseil de prud’hommes après un licenciement ne donne droit à aucun montant fixe. La somme dépend d’un barème légal, de votre ancienneté, de la taille de l’entreprise et de la nature exacte du litige. Pour un licenciement jugé sans cause réelle et sérieuse, l’indemnité va de 1 mois de salaire à 20 mois au maximum, et le juge place le curseur entre ces deux bornes.

L’erreur classique consiste à croire qu’il existe une seule indemnité prud’hommes. Plusieurs sommes se cumulent en réalité : dommages et intérêts pour licenciement abusif, rappels de salaire, indemnité pour travail dissimulé, réparation d’un harcèlement. Chacune obéit à ses propres règles, et toutes ne subissent pas le même sort fiscal. Avant de chiffrer quoi que ce soit, mieux vaut comprendre comment se déroule une procédure aux prud’hommes.

Le vrai enjeu dépasse le seul barème. Il s’agit de savoir quelles indemnités vous pouvez réclamer, comment le juge fixe le salaire de référence, et ce qu’il reste réellement une fois les impôts et les cotisations passés.

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Une indemnité prud’hommes, ou plutôt plusieurs

Le montant que vous réclamez aux prud’hommes n’est presque jamais un chiffre unique. C’est un empilement de demandes distinctes, chacune fondée sur un article précis du Code du travail. Le juge tranche demande par demande, et refuse celles qui ne sont pas justifiées ou correctement chiffrées.

📌 Les seuils à connaître

L’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse suit le barème Macron : de 1 mois de salaire (moins d’un an d’ancienneté) à 20 mois (30 ans et plus). Le plancher atteint 3 mois dès 2 ans d’ancienneté dans une entreprise d’au moins 11 salariés. En cas de licenciement nul (harcèlement, discrimination), aucun plafond ne s’impose au juge : l’indemnité est d’au moins 6 mois.

Voici les principales sommes qu’un salarié peut demander, et leur fondement. Les dommages et intérêts pour licenciement abusif restent la demande la plus fréquente, mais rarement la seule.

IndemnitéSituationMontant
Dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuseLicenciement jugé injustifiéBarème Macron : 1 à 20 mois
Indemnité pour licenciement nulHarcèlement, discrimination, maternité, salarié protégéAu moins 6 mois, sans plafond
Indemnité pour irrégularité de procédureProcédure non respectée, mais motif valable1 mois maximum
Indemnité forfaitaire pour travail dissimuléHeures ou emploi non déclarés6 mois de salaire
Rappels de salaire, heures supplémentairesSommes dues et non verséesSelon les montants impayés
Préavis, congés payés non réglésIndemnités de rupture non verséesSelon le contrat et la loi

Ces demandes ne s’excluent pas entre elles. Un même dossier peut réunir des dommages et intérêts, des rappels de salaire et une indemnité pour travail dissimulé. C’est cette addition qui explique les écarts considérables entre deux affaires en apparence proches.

Le barème Macron encadre l’indemnité pour licenciement injustifié

Quand le juge estime qu’un licenciement est sans cause réelle et sérieuse, et à défaut de réintégration, il accorde une indemnité fixée par l’article L1235-3 du Code du travail. Ce barème, entré en vigueur avec les ordonnances de septembre 2017, impose un plancher et un plafond exprimés en mois de salaire brut, selon la seule ancienneté du salarié.

Deux paramètres déterminent la fourchette. Le plafond dépend uniquement de l’ancienneté et grimpe jusqu’à 20 mois pour les carrières les plus longues. Le plancher, lui, varie aussi selon la taille de l’entreprise : il est plus faible dans les structures de moins de 11 salariés pour les dix premières années d’ancienneté. À partir de la onzième année, l’effectif n’entre plus en compte.

AnciennetéPlancher (moins de 11 salariés)Plancher (11 salariés et plus)Plafond
Moins d’1 anAucunAucun1 mois
1 an0,5 mois1 mois2 mois
2 ans0,5 mois3 mois3 mois
3 ans1 mois3 mois4 mois
5 ans1,5 mois3 mois6 mois
10 ans2,5 mois3 mois10 mois
15 ans3 mois3 mois13 mois
20 ans3 mois3 mois15,5 mois
25 ans3 mois3 mois18 mois
30 ans et plus3 mois3 mois20 mois

Le salaire de référence n’est pas votre dernier bulletin de paie. Le juge retient la formule la plus favorable au salarié : soit la moyenne des 12 derniers mois, soit le tiers des 3 derniers mois. Les primes annuelles ou exceptionnelles ne comptent que pour leur part proratisée. Le barème prud’hommes détaille chaque année d’ancienneté, plancher et plafond compris.

Exemple : un salarié payé 2 500 € brut, avec 5 ans d’ancienneté dans une entreprise de 40 personnes, licencié sans cause réelle et sérieuse. Le barème fixe l’indemnité entre 3 mois (7 500 €) et 6 mois (15 000 €). Le juge choisit le montant dans cette fourchette selon le préjudice, en plus de l’indemnité légale de licenciement déjà due.

Ce barème a longtemps été contesté. Plusieurs conseils de prud’hommes l’avaient écarté, le jugeant contraire aux conventions internationales. La Cour de cassation a clos le débat par un arrêt du 11 mai 2022, en le déclarant conforme à la convention n°158 de l’Organisation internationale du travail. Les juges ne peuvent donc plus s’en affranchir, même au cas par cas.

Le licenciement nul échappe au plafond

Le barème Macron connaît une exception majeure. Quand le licenciement est frappé de nullité, aucun plafond ne s’applique et le juge ne peut pas descendre sous 6 mois de salaire. La différence est décisive : un salarié licencié après un harcèlement peut obtenir une indemnisation bien supérieure à ce que le barème classique autoriserait.

La nullité vise les atteintes les plus graves. Elle couvre notamment le licenciement lié à une discrimination, à un harcèlement moral ou sexuel, à l’état de grossesse, à un accident du travail, à l’exercice du droit de grève, ou encore le licenciement d’un salarié protégé en lien avec son mandat. Dans ces cas, la réintégration reste possible, et l’indemnité répare l’intégralité du préjudice.

Deux motifs reviennent souvent. L’indemnité pour harcèlement moral se calcule sur le préjudice réel, sans borne haute. La logique est identique pour l’indemnité pour discrimination, qui peut se cumuler avec la réparation du licenciement lui-même. Encore faut-il démontrer les faits, ce qui repose entièrement sur la qualité des preuves apportées.

Ce qui détermine vraiment le montant, et pourquoi rien n’est garanti

Entre le plancher et le plafond, le juge dispose d’une marge. Il évalue le préjudice concret du salarié : son âge, son ancienneté, sa difficulté à retrouver un emploi, sa situation familiale. Un salarié senior toujours au chômage un an après son licenciement obtient logiquement davantage qu’un jeune cadre reclassé en trois semaines.

Le juge peut aussi tenir compte des sommes déjà versées par l’employeur, comme une indemnité de rupture supra-légale. Autrement dit, un montant généreux payé au départ peut réduire l’indemnité prud’homale accordée ensuite. Le calcul n’est jamais mécanique.

Surtout, aucune indemnité n’est due tant que le juge n’a pas reconnu la faute de l’employeur. Un licenciement qui paraît injuste n’est pas forcément dépourvu de cause réelle et sérieuse au sens du droit. La bataille se joue sur la preuve : lettre de licenciement mal motivée, absence de faits établis, procédure bâclée. Sans dossier solide, une demande chiffrée à 15 000 € peut se solder par un rejet.

Les indemnités qui s’ajoutent au principal

Au-delà des dommages et intérêts pour licenciement abusif, plusieurs indemnités se greffent au dossier. Elles se cumulent, dans la limite des règles propres à chacune, et pèsent parfois plus lourd que la demande principale.

  • Indemnité pour irrégularité de procédure : 1 mois maximum lorsque le motif est valable mais la procédure viciée
  • Indemnité forfaitaire pour travail dissimulé : 6 mois de salaire, quelle que soit l’ancienneté
  • Rappels de salaires impayés et heures supplémentaires non réglées
  • Indemnité compensatrice de préavis et de congés payés non versés
  • Indemnité de non-concurrence si la clause s’applique

L’indemnité pour travail dissimulé mérite l’attention. Forfaitaire, elle correspond à six mois de salaire brut et se cumule avec l’indemnité de licenciement depuis la jurisprudence de 2013. Elle suppose toutefois de prouver le caractère intentionnel de la dissimulation, par exemple des heures systématiquement non déclarées.

L’indemnité issue du barème s’ajoute par ailleurs à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, au préavis et aux congés payés. Une limite existe pour le licenciement économique : le cumul entre l’indemnité pour licenciement injustifié et celle sanctionnant une procédure irrégulière ne peut pas dépasser le plafond du barème.

Impôts, cotisations, brut ou net : ce qui reste dans votre poche

Le montant affiché dans le jugement n’est pas celui que vous encaissez. Le régime fiscal dépend de la nature de chaque somme, et l’écart entre le brut et le net peut être important.

Les indemnités qui réparent un préjudice échappent à l’impôt sur le revenu. C’est le cas des dommages et intérêts pour licenciement abusif, nul, irrégulier ou discriminatoire, dans la limite du barème et sous conditions de plafonds sociaux. Cette exonération découle de l’article 80 duodecies du Code général des impôts.

À l’inverse, les sommes assimilées à du salaire restent pleinement imposables et soumises à cotisations. Cela concerne les rappels de salaire, les heures supplémentaires, l’indemnité de préavis, l’indemnité de congés payés et les primes non versées. Un rappel de salaire de 10 000 € brut se réduit donc nettement une fois les prélèvements passés.

Dernier point souvent ignoré : depuis un arrêt de la Cour de cassation du 19 mai 2016, quand le jugement ne précise rien, les condamnations sont réputées exprimées en brut. Vous percevez donc le net après déduction des charges. Vérifier cette mention dans la décision évite les mauvaises surprises au moment du paiement.

Certains litiges dépassent la seule question du montant. Le harcèlement moral au travail et la discrimination au travail ouvrent des procédures spécifiques, avec leurs propres modes de preuve et leurs délais d’action distincts.

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Questions fréquentes

Il n’existe pas de montant type, car tout dépend de l’ancienneté, du salaire et des demandes réunies. Pour un licenciement injustifié, le barème place la plupart des indemnités entre quelques mois de salaire. Un salarié de 5 ans dans une entreprise d’au moins 11 salariés obtient entre 3 et 6 mois.

Le délai varie selon la demande. Contester un licenciement se fait dans les 12 mois suivant sa notification. Les rappels de salaire se réclament sur 3 ans, le travail dissimulé sur 2 ans, une discrimination ou un harcèlement sur 5 ans. Passé ces délais, l’action est forclose.

Oui. Les dommages et intérêts accordés par le juge s’ajoutent à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, au préavis et aux congés payés. L’indemnité pour travail dissimulé se cumule elle aussi avec ces sommes depuis 2013.

Une partie des sommes, notamment les rappels de salaire dans la limite de 9 mois, bénéficie de l’exécution provisoire et doit être versée même en cas d’appel. Les dommages et intérêts pour licenciement injustifié peuvent, eux, être suspendus si l’employeur fait appel. Comptez de quelques semaines à plusieurs mois.

Cela dépend de sa nature. Les dommages et intérêts pour licenciement abusif ou nul sont exonérés d’impôt sur le revenu, dans la limite du barème. En revanche, les rappels de salaire, le préavis et les congés payés restent imposables et soumis à cotisations.