Convocation à un entretien préalable au licenciement : ce qu’il faut savoir
La convocation à l’entretien préalable ouvre la procédure de licenciement. Une seule mention oubliée ou un jour mal compté peut coûter à l’employeur jusqu’à un mois de salaire, même quand le motif du licenciement tient. La forme compte ici autant que le fond.
Cette lettre n’a rien d’une formalité administrative anodine. Elle déclenche un calendrier strict et conditionne la régularité de tout ce qui suit, des procédures et étapes du licenciement jusqu’à la rupture effective du contrat. Le Code du travail encadre son contenu, son mode d’envoi et le délai qui doit la séparer de l’entretien.
Pour le salarié, savoir lire une convocation revient à repérer en quelques minutes si la procédure démarre sur des bases solides ou déjà fragiles.
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Le Code du travail impose une convocation écrite. Une convocation orale ou un simple e-mail ne suffit pas et fragilise toute la procédure. Pour la transmettre, l’employeur a deux options prévues par l’article L1232-2 : la lettre recommandée avec accusé de réception ou la remise en main propre contre décharge. Le salarié n’est pas obligé de signer la remise en main propre. En cas de refus, l’employeur bascule sur le recommandé.
La convocation se fait par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Elle doit comporter cinq mentions obligatoires et respecter un délai d’au moins cinq jours ouvrables avant l’entretien. Une irrégularité ouvre droit à une indemnité pouvant atteindre un mois de salaire.
Les cinq mentions obligatoires
L’article R1232-1 fixe le contenu minimal de la lettre. L’absence d’une seule de ces mentions constitue un vice de forme.
- ✓ L’objet de la convocation, avec la mention explicite d’un éventuel licenciement
- ✓ La date de l’entretien, fixée au moins cinq jours ouvrables après la présentation
- ✓ L’heure de l’entretien
- ✓ Le lieu de l’entretien, qui n’est pas forcément le lieu de travail habituel
- ✓ La possibilité de se faire assister, et le moyen de joindre un conseiller du salarié en l’absence de représentant du personnel
Le terme « licenciement » doit apparaître clairement. En revanche, l’employeur n’a pas à détailler les motifs dans la convocation : ils sont exposés pendant l’entretien. Une lettre qui parle seulement de « sanction » sans évoquer le licenciement expose l’employeur à une contestation.
L’assistance, la mention que les employeurs oublient
Dans une entreprise dotée d’un CSE, le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel. Sans représentant du personnel, il peut faire appel à un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. La convocation doit alors préciser l’adresse des services où cette liste est consultable, soit la mairie et l’inspection du travail.
L’oubli de cette adresse est l’erreur la plus fréquente. La Cour de cassation la sanctionne comme une irrégularité de procédure à part entière. Quand un CSE existe, la référence au conseiller extérieur disparaît, puisqu’elle ne concerne que les entreprises sans représentation du personnel.
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Le délai de cinq jours ouvrables et son décompte
Entre la présentation de la convocation et l’entretien, il doit s’écouler au moins cinq jours ouvrables. Ce délai laisse au salarié le temps de préparer sa défense. Son décompte piège régulièrement les employeurs.
Les jours ouvrables couvrent tous les jours de la semaine sauf les dimanches et les jours fériés habituellement chômés dans l’entreprise. Le samedi compte donc. Le jour de la présentation, lui, ne compte pas : le décompte démarre le lendemain. Pour une lettre recommandée, c’est l’avis de passage du facteur qui marque la première présentation, même si le salarié ne retire jamais le courrier.
Le salarié doit disposer de cinq jours ouvrables entiers. L’entretien ne peut donc pas se tenir avant le sixième jour ouvrable. Et si le terme du délai tombe un dimanche ou un jour férié chômé, il est reporté au jour ouvrable suivant.
Convocation irrégulière : ce que vous pouvez obtenir
Une convocation non conforme n’annule pas forcément le licenciement. Elle ouvre droit à une réparation, à condition de démontrer un préjudice. C’est l’article L1235-2 qui s’applique.
Quand la procédure est irrégulière mais que le licenciement repose sur une cause réelle et sérieuse, le juge accorde une indemnité plafonnée à un mois de salaire. Depuis le 1er janvier 2018, ce plafond vaut quels que soient l’ancienneté du salarié et l’effectif de l’entreprise. La distinction est nette : un licenciement irrégulier reste un licenciement valable sur le fond. Seule la forme est sanctionnée.
Un point change tout côté montant. Si le licenciement est à la fois irrégulier et sans cause réelle et sérieuse, les deux indemnités ne se cumulent pas. L’indemnité du barème Macron absorbe celle d’un mois pour vice de procédure. La Cour de cassation l’a encore rappelé en 2026. Autrement dit, l’indemnité de procédure n’a d’intérêt que lorsque le motif du licenciement, lui, tient.
Devez-vous vous présenter à l’entretien ?
La présence à l’entretien n’est pas obligatoire. Votre absence ne constitue pas une faute et ne suspend pas la procédure. L’employeur peut maintenir sa décision et la notifier ensuite.
Ne pas venir signifie toutefois renoncer à vous expliquer et à peser sur la décision. Mieux vaut s’y présenter, accompagné si possible. La présence physique reste le principe : un entretien par téléphone n’est pas valable, et la visioconférence n’est admise qu’avec votre accord ou dans des situations d’éloignement géographique reconnues par les juges.
La convocation
Par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, avec les cinq mentions obligatoires.
L’entretien préalable
Au moins cinq jours ouvrables après la présentation. L’employeur expose les motifs et recueille vos explications.
La notification
Au plus tôt deux jours ouvrables après l’entretien, par lettre recommandée motivée.
L’entretien préalable licenciement est le moment d’éclaircir les faits et de chercher, parfois, une issue autre que la rupture. S’il maintient sa décision, l’employeur procède à la notification licenciement par une lettre de licenciement qui doit, cette fois, énoncer précisément les motifs.
Les situations particulières
Certains contextes modifient les règles de la convocation. Trois méritent une attention particulière.
Licenciement disciplinaire : le délai de deux mois
Quand le licenciement repose sur une faute, la convocation ne peut pas être adressée plus de deux mois après le jour où l’employeur a eu connaissance des faits reprochés (article L1332-4). Passé ce délai, les faits sont prescrits et ne peuvent plus fonder une sanction, sauf poursuites pénales engagées dans le même temps.
Faute grave et mise à pied conservatoire
Une faute grave autorise une mise à pied conservatoire, notifiée dans le même courrier que la convocation. L’employeur doit alors agir dans un délai restreint. S’il tarde sans justification, les juges peuvent requalifier la mise à pied en sanction disciplinaire. Or une même faute ne se sanctionne pas deux fois, ce qui peut fragiliser le licenciement.
Reporter l’entretien préalable
Le salarié peut demander un report, mais l’employeur n’est pas tenu de l’accepter. S’il accepte, il n’a pas à respecter une nouvelle fois le délai de cinq jours. Quand c’est l’employeur qui reporte l’entretien en raison de l’état de santé du salarié, la Cour de cassation a jugé en mai 2025 qu’il doit seulement aviser l’intéressé « en temps utile et par tout moyen ». Le délai de cinq jours fixé pour l’entretien initial, lui, restait dû.
Une fois la rupture notifiée, deux étapes referment le dossier : le préavis licenciement, dont la durée dépend de l’ancienneté et de la convention collective, puis la remise du solde de tout compte licenciement, qui chiffre les sommes dues au départ.
À lire aussi
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Questions fréquentes
Oui pour tout licenciement individuel, quels que soient l’ancienneté et l’effectif de l’entreprise. Seuls les licenciements économiques d’au moins dix salariés sur trente jours suivent une procédure différente, centrée sur la consultation du CSE.
Non, pas pour l’entretien préalable d’un salarié. La personne qui vous assiste doit appartenir au personnel de l’entreprise, ou être un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale en l’absence de représentant du personnel.
La présence physique reste le principe et un entretien téléphonique n’est pas valable. La visioconférence n’est admise qu’avec l’accord du salarié ou dans des situations d’éloignement géographique reconnues par les juges.
Le délai court à partir de la première présentation, matérialisée par l’avis de passage du facteur. L’entretien peut se tenir même si vous n’avez pas retiré le courrier.
Vous disposez en principe de douze mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le conseil de prud’hommes.