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Convocation aux prud’hommes : ce que la lettre recommandée ne vous dit pas

Recevoir une convocation aux prud’hommes ne signifie pas la même chose selon que vous avez saisi le conseil ou que votre employeur l’a fait. Le salarié qui dépose une requête est prévenu de la date par un simple courrier, parfois oralement au moment du dépôt. L’employeur mis en cause, lui, reçoit une lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée de la requête et des pièces adverses. Cette asymétrie surprend souvent, et elle change la façon de se préparer.

La convocation fixe un rendez-vous, presque jamais un jugement immédiat. Dans la majorité des dossiers, elle porte d’abord sur une audience de conciliation, pas sur l’examen du fond. Savoir à quelle étape de l’ensemble de la procédure devant le conseil de prud’hommes vous vous situez évite deux erreurs classiques : arriver sans ses pièces, ou négliger un rendez-vous qui peut pourtant faire perdre l’affaire. Le délai entre la saisine et l’audience se compte rarement en semaines : en 2024, le délai moyen de traitement d’une affaire prud’homale a atteint 13,7 mois, selon les Références Statistiques de la Justice.

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Qui vous convoque et comment vous êtes prévenu

C’est le greffe du conseil de prud’hommes qui envoie les convocations, une fois la requête enregistrée. Les deux parties sont convoquées, mais pas par le même canal, et cette différence n’est pas anodine.

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Vous avez saisi le conseil

Le greffe vous prévient par tous moyens de la date : lettre simple, courriel, ou information au moment du dépôt. Vous devez communiquer vos pièces à l’autre partie avant l’audience.

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Vous êtes mis en cause

Vous recevez une lettre recommandée avec accusé de réception, qui vaut citation en justice. Elle est accompagnée de la requête adverse et du bordereau des pièces.

Concrètement, le salarié demandeur doit surveiller son courrier, sa boîte mail et le calendrier communiqué : la mention « par tous moyens » ne garantit pas un envoi solennel. Si vous êtes assisté d’un avocat, c’est lui qui reçoit l’information et gère l’échange des pièces à votre place.

Ce que contient la convocation

Pour le défendeur, la lettre recommandée a un contenu fixé par le Code du travail. Elle sert à la fois de citation et d’information sur ce qui est réclamé.

  • Les nom, profession et domicile du demandeur
  • Le lieu, le jour et l’heure de la séance de conciliation ou de l’audience
  • L’avertissement qu’une décision peut être rendue même en votre absence
  • Un exemplaire de la requête et le bordereau des pièces adverses

Cet exemplaire de la requête est précieux : il détaille les demandes et leurs montants, donc l’objet exact du litige. Pour le salarié qui a saisi, l’avis reçu est plus léger : il donne la date et invite à transmettre les pièces avant l’audience. Dans les deux cas, la procédure est orale et contradictoire, ce qui interdit de sortir une pièce surprise le jour venu.

Que faire dès réception de la convocation

Le temps entre la convocation et l’audience est celui où un dossier se gagne ou se perd. Il se joue sur les pièces communiquées et sur la clarté des demandes, bien plus que sur l’éloquence.

1

Décodez la convocation

Notez la date, le lieu et l’objet. Repérez s’il s’agit d’une audience de conciliation ou directement d’un jugement.

2

Préparez et échangez vos pièces

Contrat, bulletins de paie, courriers, attestations : réunissez-les et communiquez-les à l’autre partie avant l’audience.

3

Choisissez votre défense

Seul, assisté ou représenté : décidez tôt, puis préparez un exposé clair de vos demandes chiffrées.

Les délais d’échange des conclusions et des pièces sont fixés par le bureau qui suit l’affaire. Les tenir n’est pas une formalité : à défaut de diligence, votre dossier peut être renvoyé au jugement sans vos arguments, voire radié du rôle.

Absence à la convocation : ce que vous risquez

Vous pouvez être représenté plutôt que présent, mais ignorer la convocation coûte cher. Le risque n’est pas le même pour le salarié demandeur et pour l’employeur défendeur.

Depuis le décret du 20 mai 2016, être représenté équivaut à comparaître : une partie représentée par un avocat ou un mandataire habilité muni d’un pouvoir est considérée comme présente, sans avoir à justifier d’un motif. En revanche, si le salarié qui a saisi ne se présente pas et n’a mandaté personne, sans motif légitime, le bureau dispose de trois options : juger l’affaire en l’état des pièces de l’employeur, la renvoyer à une audience de jugement, ou déclarer la requête caduque. La caducité met fin au dossier. Elle ne peut être rapportée que si vous signalez au greffe, dans un délai de 15 jours, l’empêchement que vous n’avez pas pu invoquer à temps.

Côté employeur, l’absence n’entraîne pas une condamnation automatique : le conseil peut statuer sur les seules pièces du salarié, mais sa décision doit rester motivée et fondée. Si la lettre recommandée revient sans avoir été retirée, le conseil peut tout de même retenir l’affaire s’il estime que le défendeur a négligé de récupérer son courrier.

Exemple : un salarié saisit le conseil pour un rappel de salaire, puis ne se présente pas à l’audience de conciliation et n’a mandaté personne. Faute de motif légitime transmis, le bureau déclare sa requête caduque. Il lui reste 15 jours pour signaler au greffe l’empêchement qu’il n’a pas pu invoquer à temps, sinon l’affaire s’arrête là.

Ce qui se passe après la convocation

La convocation ouvre un parcours en deux temps. Comprendre la suite indique surtout à quelle distance d’une décision vous vous trouvez encore.

La plupart des dossiers passent d’abord devant le bureau de conciliation et d’orientation : audience non publique, tentative d’accord et vérification que le dossier est complet. En cas d’échec, l’affaire est renvoyée vers l’audience prud’homale, publique, où chaque partie expose ses arguments devant quatre conseillers. Certains litiges sautent la conciliation : la requalification d’un CDD en CDI, ou la contestation de la rupture aux torts de l’employeur, vont directement au bureau de jugement, qui doit alors statuer dans un délai d’un mois. Dans ces cas, la convocation porte d’emblée sur le jugement des prud’hommes.

Le calendrier réel dépend de l’encombrement du conseil saisi, et il varie fortement d’un ressort à l’autre : comptez souvent plus d’un an, davantage dans les grands conseils comme Paris. Le point sur les délais d’une procédure prud’homale mérite d’être anticipé avant même de saisir.

ÉtapeDélai indicatif
Envoi de la convocationDans le mois suivant la saisine, en principe
Audience de conciliationSelon l’encombrement du conseil
Jugement après l’audience2 à 4 mois
Durée moyenne d’une affaire (2024)13,7 mois
Délai pour faire appel1 mois après la notification

La décision n’est presque jamais rendue le jour même : elle tombe en général deux à quatre mois plus tard, notifiée par le greffe en lettre recommandée. Chaque partie peut ensuite faire appel dans le mois qui suit cette notification, sauf pour les petits litiges dont la demande reste inférieure à 5 000 euros, jugés en premier et dernier ressort.

Se présenter seul, assisté ou représenté

Aucun avocat n’est obligatoire aux prud’hommes : vous pouvez vous défendre vous-même. Sur un dossier tendu, l’accompagnement change surtout la structure du dossier et la façon de chiffrer les demandes.

  • Un avocat
  • Un défenseur syndical
  • Votre conjoint, partenaire de PACS ou concubin
  • Un salarié ou un employeur de la même branche d’activité

Le défenseur syndical est gratuit et connaît bien la mécanique des audiences. L’avocat apporte la mise en forme des conclusions et la maîtrise du barème applicable, ce qui pèse sur les dossiers complexes : licenciement contesté, harcèlement, requalification d’un contrat. La question n’est pas de savoir si l’aide est indispensable, mais si votre litige justifie de sécuriser la présentation et l’évaluation de vos demandes.

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Questions fréquentes

Pour le défendeur, oui : une lettre recommandée avec accusé de réception, qui vaut citation en justice. Le salarié qui a saisi, lui, est prévenu par tous moyens : lettre simple, courriel ou information au greffe.

Oui. Depuis 2016, une partie représentée par un avocat ou un mandataire habilité muni d’un pouvoir est considérée comme présente, sans avoir à justifier d’un motif.

Prévenez le greffe avec un motif légitime, comme une maladie, et faites-vous représenter par un mandataire autorisé à concilier. Sans cela, le demandeur risque de voir sa requête déclarée caduque.

La convocation part en principe dans le mois suivant la saisine, mais la date d’audience dépend de l’encombrement du conseil. En 2024, une affaire a duré 13,7 mois en moyenne, davantage dans les grands ressorts.

Depuis le 1er mars 2026, le demandeur règle une contribution de 50 euros sous forme de timbre fiscal dématérialisé, devenue condition de recevabilité, sauf s’il bénéficie de l’aide juridictionnelle. Elle peut être mise à la charge de l’adversaire si vous obtenez gain de cause.