Chômage après intérim : ce que France Travail ne vous explique pas clairement

La plupart des articles sur le sujet vous servent la même phrase : oui, un intérimaire a droit au chômage, sous conditions. Point. Sauf que dans la réalité, entre le moment où votre dernière mission se termine et celui où un premier euro tombe sur votre compte, il se passe des semaines que personne n’avait anticipées. Le calcul de l’ARE en intérim obéit à des règles spécifiques qui jouent presque systématiquement en votre défaveur par rapport à un salarié classique. L’indemnité de fin de mission, les congés payés versés à chaque contrat, le cumul, le rechargement : chaque mécanisme cache un angle mort. Cet article ne vous dira pas « c’est simple, inscrivez-vous ». Il vous dira exactement où vous allez perdre de l’argent, pourquoi, et comment limiter la casse selon votre situation réelle.

Pourquoi la fin de mission d’intérim n’ouvre pas toujours le droit au chômage

On vous répète que la fin d’une mission d’intérim est une perte involontaire d’emploi. C’est vrai sur le papier. En pratique, plusieurs situations courantes transforment une fin de mission en refus de droits, sans que l’intérimaire comprenne ce qui s’est passé.

Refuser un renouvellement de mission : le piège qui bloque vos droits depuis 2023

Depuis la loi marché du travail du 21 décembre 2022, applicable dès 2023, refuser deux propositions de CDI après un CDD ou une mission d’intérim dans les 12 derniers mois peut entraîner la perte du droit à l’ARE. Le mécanisme visait initialement les CDD, mais il s’applique aussi aux contrats de mission. Concrètement, si votre agence d’intérim vous propose un renouvellement sur un poste comparable en termes de rémunération, de lieu et de qualification, et que vous refusez, ce refus est signalé à France Travail. Un premier refus ne déclenche rien. Au deuxième refus sur 12 mois glissants, vos droits sont bloqués. Le problème : beaucoup d’intérimaires déclinent des renouvellements sans savoir que l’agence a l’obligation de signaler le refus. Et la notion de « poste comparable » laisse une marge d’interprétation qui joue rarement en faveur du salarié.

Abandon de poste en intérim : la présomption de démission qui change tout

Avant avril 2023, un intérimaire qui ne se présentait plus sur son lieu de mission était licencié pour faute. Il perdait ses indemnités de fin de mission, mais conservait un accès potentiel à l’ARE puisque la rupture restait à l’initiative de l’employeur. Ce n’est plus le cas. La présomption de démission pour abandon de poste, entrée en vigueur le 19 avril 2023, s’applique aux intérimaires comme aux autres salariés. Si vous cessez de vous rendre en mission sans justification et sans répondre à la mise en demeure de l’agence dans un délai de 15 jours, vous êtes présumé démissionnaire. Conséquence directe : pas d’ARE, sauf à contester devant le conseil de prud’hommes. En intérim, où les fins de mission se gèrent souvent de façon informelle, cette règle a un effet dévastateur. Ne pas finir une mission sans formaliser la rupture par écrit revient à renoncer au chômage.

Missions trop courtes ou trop espacées : le seuil des 910 heures est plus dur à atteindre qu’il n’y paraît

Le seuil d’éligibilité est de 130 jours travaillés ou 910 heures sur les 24 derniers mois (36 mois après 55 ans). Pour un intérimaire à temps plein enchaînant les missions, ça représente environ 6 mois cumulés. Mais le piège est dans le détail du décompte. France Travail plafonne le nombre de jours travaillés à 5 par semaine civile, même si vous avez travaillé 6 ou 7 jours. Une semaine de 50 heures sur un chantier ne compte que pour 5 jours. Les périodes d’intermission ne comptent évidemment pas, même si vous restiez disponible. Et les heures de formation réalisées pendant vos missions ne sont prises en compte qu’aux deux tiers : 8 jours de formation n’en valent que 6 dans le calcul. Pour un intérimaire qui alterne missions courtes de quelques semaines et pauses de plusieurs mois, atteindre les 910 heures sur 24 mois suppose un suivi précis de chaque contrat.

Le vrai délai avant de toucher un euro : pourquoi ce n’est jamais 7 jours

Le « délai de carence de 7 jours » est la seule information que retiennent la plupart des intérimaires. C’est aussi la plus trompeuse, parce qu’elle ne représente qu’une fraction du délai réel entre la fin de votre dernière mission et le premier versement.

Le triple empilement carence + différé CP + différé spécifique que personne ne calcule à l’avance

Le versement de l’ARE est retardé par trois mécanismes qui se cumulent dans le temps. Le délai d’attente de 7 jours est incompressible et s’applique à tout le monde. S’y ajoute un différé d’indemnisation congés payés, calculé à partir des indemnités compensatrices de congés payés perçues lors de toutes les fins de contrat survenues dans les 182 jours précédant la dernière fin de mission. Ce différé est plafonné à 30 jours depuis octobre 2021. Enfin, si vous avez perçu des sommes supérieures aux indemnités légales de rupture, un différé spécifique s’ajoute, plafonné à 150 jours. En intérim classique, le différé spécifique est rare. Mais le différé CP est quasi systématique, et son calcul sur 182 jours de missions courtes peut facilement ajouter 20 à 30 jours de décalage. Résultat : un intérimaire qui pensait toucher son ARE après une semaine attend en réalité 4 à 6 semaines.

L’ICCP cumulée sur 182 jours de missions courtes : le trou de trésorerie invisible des intérimaires

C’est le mécanisme le moins compris et le plus pénalisant pour les intérimaires. Chaque fin de mission génère une indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) versée immédiatement. Le problème, c’est que France Travail ne regarde pas uniquement l’ICCP de votre dernière mission. L’organisme additionne toutes les ICCP versées sur l’ensemble des fins de contrat des 182 jours précédant votre inscription. Si vous avez enchaîné 5 missions courtes sur 6 mois, chacune avec son ICCP, le montant cumulé sert de base au calcul du différé congés payés. La formule est simple : le total des ICCP divisé par votre salaire journalier de référence donne le nombre de jours de différé. Plus vous avez enchaîné de missions, plus le différé est long, alors même que ces ICCP ont déjà été dépensées pour vivre entre deux contrats. C’est un piège structurel propre à l’intérim que les articles généralistes ne mentionnent jamais.

Comment anticiper la date réelle du premier versement avant même de s’inscrire

La seule façon de ne pas subir ce décalage est de le calculer en amont. Avant votre inscription, rassemblez les bulletins de paie de vos 6 derniers mois de missions. Additionnez toutes les lignes ICCP. Divisez ce total par votre salaire journalier moyen brut. Le chiffre obtenu, plafonné à 30, correspond au nombre de jours de différé CP. Ajoutez les 7 jours de carence. Si vous avez perçu des indemnités supra-légales, divisez la part excédentaire par 109,6 pour obtenir le différé spécifique (plafonné à 150 jours, mais rare en intérim). Le total vous donne la date approximative du premier versement. Autre point souvent ignoré : s’inscrire le plus tôt possible ne fait pas perdre d’argent, car le délai de carence court dès l’inscription. Chaque jour de retard dans l’inscription est un jour de retard supplémentaire sur le premier versement.

Le calcul du montant ARE en intérim est biaisé contre vous

Le montant de l’allocation chômage d’un intérimaire est systématiquement inférieur à ce qu’il imagine, parce que le mode de calcul exclut une partie significative de ce qu’il a réellement touché pendant ses missions.

L’IFM et l’ICCP exclues du SJR : pourquoi votre allocation sera toujours inférieure à ce que vous imaginez

France Travail calcule votre allocation sur la base du salaire journalier de référence (SJR), en retenant la formule la plus avantageuse entre 57 % du SJR et 40,4 % du SJR + 13,18 € par jour. Le SJR est lui-même calculé à partir des rémunérations perçues sur les 12 mois civils précédant votre dernier jour travaillé et payé. Le problème pour les intérimaires : l’indemnité de fin de mission (IFM, soit 10 % du salaire brut) et l’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP, soit 10 % du salaire brut + IFM) sont explicitement exclues du calcul du SJR. Ça représente environ 21 % de votre rémunération totale qui ne comptent pas. Un intérimaire qui percevait 2 000 € brut de salaire par mois touchait en réalité environ 2 420 € avec IFM et ICCP. Mais son SJR est calculé sur 2 000 €, pas sur 2 420 €. L’écart sur l’allocation mensuelle est significatif et irréversible.

Heures de formation comptées aux deux tiers : l’impact concret sur la durée d’indemnisation

La durée d’indemnisation de l’ARE correspond, en principe, au nombre de jours travaillés sur la période de référence. Mais France Travail applique un coefficient réducteur aux heures de formation : seuls les deux tiers sont retenus. Si vous avez suivi 30 jours de formation pendant vos missions, seuls 20 jours seront comptabilisés dans le calcul de votre durée d’indemnisation. Pour un intérimaire qui a beaucoup investi en formation (CACES, habilitations électriques, SST), cette règle peut amputer la durée de versement de plusieurs semaines. Le paradoxe est cruel : la formation est censée favoriser le retour à l’emploi, mais elle réduit mécaniquement la durée pendant laquelle vous êtes indemnisé si vous ne retrouvez pas de mission rapidement.

La dégressivité au 7ᵉ ou 9ᵉ mois : qui est concerné et combien vous perdez réellement

Depuis la réforme de 2021, les demandeurs d’emploi de moins de 57 ans dont l’allocation journalière dépasse 85,18 € voient leur ARE réduite de 30 % à partir du 7ᵉ mois d’indemnisation (ou du 9ᵉ mois selon les périodes et les évolutions réglementaires). En intérim, cela concerne les profils qui avaient un salaire brut mensuel supérieur à environ 4 500 € : chefs de chantier, techniciens spécialisés, cadres en mission. La baisse de 30 % est brutale. Un intérimaire qui touchait 90 € par jour passe à 63 €, soit une perte de près de 800 € par mois. L’allocation ne peut toutefois pas descendre sous un plancher de 85,18 € par jour. Cette dégressivité est souvent méconnue des intérimaires bien payés qui pensent bénéficier d’un filet de sécurité confortable pendant un an ou plus. La durée de confort réel est en réalité de 6 à 8 mois seulement.

Cumuler intérim et ARE : la mécanique que 90 % des intérimaires utilisent mal

Le cumul entre allocations chômage et revenus d’intérim est le levier le plus puissant à disposition des travailleurs temporaires. C’est aussi celui qui génère le plus de trop-perçus et de blocages, parce que ses règles de calcul sont contre-intuitives.

Le plafond SJR n’est pas votre ancien salaire : l’erreur de calcul qui provoque des trop-perçus

Beaucoup d’intérimaires croient que le plafond de cumul ARE + salaire correspond à leur dernier salaire brut. C’est faux. Le plafond est fixé au montant mensuel du salaire journalier de référence, c’est-à-dire le SJR multiplié par 30,42 jours. Or le SJR exclut l’IFM et l’ICCP. Le plafond réel est donc inférieur à ce que vous perceviez en mission. Si vous reprenez une mission avec un salaire proche de votre ancien salaire, vous risquez de dépasser ce plafond sans le savoir. France Travail ne vous avertit pas en temps réel. Le trop-perçu est constaté a posteriori, lors du recalcul, et la somme est réclamée en remboursement. Des centaines d’intérimaires découvrent chaque mois qu’ils doivent rembourser plusieurs centaines d’euros parce qu’ils n’avaient pas compris que le plafond n’est pas leur ancien salaire, mais un montant recalculé à la baisse.

Plus votre mission paie, moins vous consommez de droits : la logique contre-intuitive du cumul

La formule de cumul est la suivante : allocation versée = ARE mensuelle brute moins 70 % du salaire brut de la nouvelle mission. Si votre mission paie bien, l’allocation versée est réduite, mais vos jours de droits non consommés sont reportés. Autrement dit, vous consommez moins de jours d’indemnisation pendant que vous travaillez, et ces jours sont ajoutés à la fin de votre période de droits. Ce mécanisme signifie qu’accepter des missions bien payées, même courtes, étire la durée totale de votre indemnisation. À l’inverse, une mission mal payée consomme presque autant de jours de droits qu’une période de chômage pur, tout en vous rapportant peu de revenu additionnel. En résumé : en termes de préservation de droits, mieux vaut une mission courte à 2 500 € qu’une mission longue à 1 200 €.

Les jours non payables incluent l’IFM et l’ICCP du mois : le décalage que France Travail déduit sans prévenir

Quand vous déclarez vos revenus lors de l’actualisation mensuelle, France Travail ne prend pas uniquement en compte votre salaire brut de base. Le calcul des jours non payables intègre l’ensemble de la rémunération brute du mois, y compris l’IFM et l’ICCP versées en fin de contrat. Concrètement, si vous avez touché 1 500 € de salaire brut, 150 € d’IFM et 165 € d’ICCP sur le même mois, France Travail calcule vos jours non payables sur une base de 1 815 €, pas de 1 500 €. Le nombre de jours déduits est donc plus élevé que ce que la plupart des intérimaires anticipent. Ce décalage entre le salaire « ressenti » et la base de calcul réelle génère chaque mois des incompréhensions et des écarts de versement. Conservez systématiquement vos bulletins de paie détaillant chaque ligne pour pouvoir contester un calcul si nécessaire.

Rechargement des droits : le mécanisme qui peut faire baisser votre allocation

Le rechargement est présenté comme une sécurité : vous retravaillez, vous accumulez de nouveaux droits. En réalité, le rechargement peut dégrader votre situation financière si vous ne maîtrisez pas ses effets sur le calcul de votre future allocation.

Pourquoi recharger avec des missions moins bien payées réduit votre SJR au rechargement

Le rechargement intervient à l’épuisement de vos droits initiaux. À ce moment, France Travail recalcule un nouveau SJR basé sur les rémunérations perçues depuis votre dernière ouverture de droits. Si entre-temps vous avez accepté des missions moins bien rémunérées que celles qui avaient servi au premier calcul, votre nouveau SJR sera plus bas. Et votre nouvelle allocation mensuelle aussi. Un intérimaire qui avait un SJR de 70 € (basé sur des missions à 2 200 € brut/mois) et qui a rechargé avec des missions à 1 600 € brut/mois verra son SJR rechargé tomber aux alentours de 52 €. La perte est directe et durable : elle s’applique pour toute la durée du nouveau droit. Le rechargement n’est pas un bonus automatique, c’est un recalcul complet qui peut jouer contre vous.

Le droit d’option entre ancien et nouveau droit : quand le choisir et quand le refuser

Dans certains cas, France Travail vous propose un droit d’option : vous pouvez choisir entre le reliquat de votre ancien droit et le nouveau droit issu du rechargement. Ce choix existe notamment si votre ancien droit résulte d’une fin de contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, ou si l’écart entre les deux montants d’allocation est significatif. Le choix optimal dépend de deux variables : le montant journalier de chaque droit et la durée restante. Si votre ancien droit offre une allocation élevée mais ne couvre que 2 mois, et que le nouveau droit est 30 % plus bas mais dure 8 mois, le nouveau droit est probablement plus sécurisant. Inversement, si vous êtes confiant dans votre capacité à retrouver une mission rapidement, conserver l’ancien droit plus rémunérateur a du sens. France Travail ne vous conseille pas dans ce choix. Et le délai pour répondre est court.

La stratégie des 130 jours travaillés avant épuisement : sécuriser sans sacrifier le montant

Pour recharger, il faut avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures depuis la dernière ouverture de droits. L’enjeu tactique est le suivant : si vous approchez de la fin de vos droits et que vous n’avez pas atteint ce seuil, vous n’aurez pas de rechargement. Vous basculerez sur l’ASS (allocation de solidarité spécifique) ou sur le RSA, avec une chute brutale de revenus. Mais si vous forcez le rechargement en acceptant n’importe quelle mission pour atteindre les 130 jours, vous risquez de faire baisser votre SJR. La bonne approche consiste à surveiller votre compteur de jours travaillés sur votre espace France Travail, à viser les 130 jours le plus tôt possible dans votre période d’indemnisation, et à privilégier des missions dont le salaire est au moins équivalent à celui qui a servi au calcul de votre droit en cours. Accepter une mission à 20 % de moins que votre référence pour atteindre le seuil in extremis est souvent un mauvais calcul.

CDI intérimaire, intermissions et chômage : le statut hybride que personne ne maîtrise

Le CDI intérimaire (CDII) est un contrat à durée indéterminée signé avec l’agence d’intérim. Il offre une stabilité apparente, mais il modifie profondément le rapport aux droits chômage.

En CDI intérimaire, pas de fin de mission classique : ce que ça change pour l’ARE

En CDII, la fin d’une mission chez un client ne constitue pas une fin de contrat de travail. Votre contrat avec l’agence continue. Vous passez en intermission, période pendant laquelle l’agence vous verse un salaire minimum garanti. Vous ne pouvez donc pas vous inscrire à France Travail et ouvrir des droits à l’ARE à la fin de chaque mission. Le droit au chômage ne s’ouvre qu’à la rupture du CDI intérimaire lui-même : licenciement, rupture conventionnelle, ou fin de période d’essai à l’initiative de l’employeur. C’est un changement radical par rapport au fonctionnement classique de l’intérim. Un intérimaire en CDII qui enchaîne missions et intermissions pendant deux ans sans rupture de contrat n’a jamais ouvert de droits au chômage pendant cette période.

Le salaire garanti en intermission vs l’allocation chômage : quel scénario rapporte le plus

Pendant une intermission, l’agence doit verser un salaire mensuel garanti équivalent au SMIC, ou davantage si la convention collective le prévoit. Ce montant est souvent inférieur à ce que l’intérimaire toucherait en ARE s’il avait des droits ouverts, surtout s’il avait un bon SJR sur ses missions précédentes. Mais la comparaison brute est trompeuse. En intermission, vous conservez votre ancienneté, votre couverture sociale complète, votre mutuelle d’entreprise, et vous continuez à cotiser pour la retraite. En ARE, ces avantages disparaissent partiellement. Le calcul pertinent intègre ces éléments. Pour un intérimaire dont le SJR donnerait une ARE nette autour de 1 100 €, un salaire garanti de 1 400 € brut en intermission (environ 1 100 € net) est équivalent en apparence, mais supérieur en protection sociale réelle.

Quitter un CDI intérimaire pour retrouver ses droits : les conditions réelles

Un intérimaire en CDII qui souhaite quitter son contrat pour accéder au chômage se heurte aux mêmes règles qu’un salarié en CDI classique. La démission ne donne pas droit à l’ARE, sauf démission légitime (suivi de conjoint, création d’entreprise après 5 ans d’activité, etc.). La rupture conventionnelle ouvre des droits, mais l’agence n’a aucune obligation de l’accepter. Le licenciement pour motif réel et sérieux aussi, mais encore faut-il qu’un motif existe. En pratique, beaucoup d’intérimaires en CDII se retrouvent dans une impasse : insatisfaits de leurs conditions d’intermission, mais incapables de quitter le contrat sans perdre leurs droits. La seule option viable pour ouvrir des droits sans conflit est souvent la négociation d’une rupture conventionnelle, en argumentant sur l’absence prolongée de missions adaptées à votre profil. Certaines agences préfèrent rompre à l’amiable plutôt que de maintenir un salarié en intermission coûteuse.

Les erreurs administratives qui suspendent vos droits sans recours immédiat

Le système d’indemnisation de l’intérimaire repose sur une chaîne administrative fragile. Une seule pièce manquante ou une déclaration erronée peut bloquer le versement pendant des semaines.

Attestation employeur manquante côté agence : pourquoi le blocage vient rarement de vous

L’attestation employeur est le document clé qui permet à France Travail de calculer vos droits. En intérim, c’est l’agence qui doit la transmettre, normalement de façon dématérialisée via la DSN (Déclaration Sociale Nominative). En théorie, c’est automatique. En pratique, les retards sont fréquents, surtout avec les petites agences ou en cas de missions très courtes. Si France Travail n’a pas reçu l’attestation, votre dossier est bloqué. Vous êtes inscrit, le délai de carence court, mais aucun versement ne peut être calculé. Le réflexe à avoir : demander à votre agence de vous fournir une copie de l’attestation employeur dès la fin de chaque mission, et vérifier sur votre espace France Travail que le document apparaît dans votre dossier. En cas de retard, relancez l’agence par écrit. Un mail daté constitue une preuve en cas de litige.

Déclarer le brut et non le net lors de l’actualisation : la confusion qui génère un trop-perçu

Lors de l’actualisation mensuelle, France Travail vous demande de déclarer vos revenus bruts, pas nets. La distinction paraît évidente, mais en intérim, le bulletin de paie peut être complexe : salaire de base, IFM, ICCP, primes, indemnités de transport. Beaucoup d’intérimaires déclarent le net perçu sur leur compte bancaire au lieu du brut figurant sur la fiche de paie. Le résultat : France Travail sous-estime vos revenus, vous verse trop d’ARE, et réclame le remboursement plusieurs mois plus tard. Le montant du trop-perçu peut facilement atteindre 500 à 1 500 € sur quelques mois de cumul. Pour éviter ce piège, reportez systématiquement le montant figurant à la ligne « total brut » de votre bulletin, en incluant toutes les primes et indemnités du mois. En cas de doute sur une ligne, déclarez au-dessus plutôt qu’en dessous.

Rater une actualisation entre le 28 et le 15 : la radiation automatique et comment la contester

Chaque mois, France Travail impose une fenêtre d’actualisation : du 28 du mois en cours au 15 du mois suivant. Si vous ne mettez pas à jour votre situation dans ce créneau, vos allocations sont automatiquement suspendues le mois suivant. Pas de rappel, pas de délai de grâce. La suspension est immédiate et le rétablissement nécessite une réinscription. Pour un intérimaire en mission la semaine et fatigué le week-end, oublier cette fenêtre n’a rien d’exceptionnel. Le problème est que la réinscription après radiation pour défaut d’actualisation peut prendre 1 à 3 semaines selon les cas. Pendant ce temps, aucune allocation n’est versée, et les jours de carence ne s’appliquent pas de nouveau (si le délai a déjà été purgé), mais le versement est décalé. Pour contester, vous pouvez adresser une réclamation à votre agence France Travail en invoquant un motif légitime (hospitalisation, problème technique, erreur de date). Les contestations aboutissent souvent, mais le délai de traitement ajoute un mois supplémentaire sans versement.

Questions fréquentes

Peut-on toucher le chômage si on a travaillé uniquement en intérim sur plusieurs agences différentes

Oui. France Travail additionne les heures et jours travaillés sur l’ensemble de vos contrats d’intérim, quelle que soit l’agence (Adecco, Manpower, Randstad, agences locales). Chaque agence doit transmettre son attestation employeur. Le cumul de toutes vos missions sur les 24 derniers mois (ou 36 mois après 55 ans) est pris en compte pour atteindre le seuil des 130 jours ou 910 heures. La difficulté pratique est de s’assurer que chaque agence a bien transmis ses attestations. Si une seule manque, le calcul sera incomplet et votre durée d’indemnisation potentiellement sous-estimée.

L’indemnité de fin de mission (IFM) est-elle imposable et comment affecte-t-elle le chômage

L’IFM est soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales comme un salaire classique. En revanche, elle est exclue du calcul du SJR par France Travail, ce qui signifie qu’elle n’augmente pas le montant de votre allocation chômage. Par contre, lorsque vous cumulez une mission avec l’ARE, l’IFM perçue sur le mois est incluse dans le calcul des jours non payables. L’IFM a donc un impact négatif sur le cumul sans avoir d’impact positif sur le montant de l’allocation. C’est l’un des désavantages structurels du statut d’intérimaire face à l’assurance chômage.

Que se passe-t-il si France Travail détecte un trop-perçu plusieurs mois après le versement

France Travail peut réclamer le remboursement d’un trop-perçu jusqu’à 3 ans après le versement. La notification arrive par courrier et indique le montant à rembourser, souvent en une seule fois. Vous pouvez demander un échelonnement du remboursement en justifiant de difficultés financières. Vous pouvez aussi contester le calcul si vous estimez avoir déclaré correctement vos revenus. La contestation se fait par courrier motivé, puis devant le médiateur de France Travail, et en dernier recours devant le tribunal administratif. Pendant la procédure de contestation, le recouvrement peut être suspendu si vous en faites la demande explicite.

Un intérimaire peut-il bénéficier de la démission reconversion pour créer son entreprise

Oui, sous conditions strictes. Le dispositif de démission reconversion permet à un salarié, y compris un intérimaire en CDI intérimaire, de démissionner pour créer ou reprendre une entreprise tout en conservant ses droits à l’ARE. Il faut justifier d’au moins 5 ans d’activité salariée continue (ou discontinue selon les cas), avoir un projet de reconversion jugé réel et sérieux par une commission paritaire interprofessionnelle, et avoir obtenu un accompagnement via un conseil en évolution professionnelle (CEP) avant la démission. Pour un intérimaire classique en contrat de mission, ce dispositif est rarement pertinent puisque la fin de mission ouvre déjà des droits. Il concerne surtout les intérimaires en CDII qui souhaitent rompre leur contrat sans passer par une rupture conventionnelle.

Existe-t-il un montant minimum d’allocation chômage garanti pour les intérimaires

Oui. L’ARE ne peut pas être inférieure à 31,97 € par jour (montant susceptible d’évoluer chaque année), soit environ 972 € par mois. Ce plancher s’applique à tous les demandeurs d’emploi, intérimaires compris, dès lors qu’ils remplissent les conditions d’éligibilité. À l’inverse, le montant maximum est plafonné à 274,80 € par jour. Pour la grande majorité des intérimaires, le montant réel se situe entre 35 € et 60 € par jour, ce qui représente une allocation mensuelle nette comprise entre 900 € et 1 500 € environ, selon le niveau de salaire des missions passées et le mode de calcul retenu par France Travail.

Pour aller plus loin, consultez également nos articles sur chômage après arrêt maladie, chômage après CDD, et chômage après démission.

Pour aller plus loin, consultez également nos articles sur chômage après licenciement, chômage après rupture conventionnelle, et démarche chomage.