Chômage après CDD : vos vrais droits, les pièges cachés et ce que personne ne vous dit
Un CDD qui arrive à son terme place le salarié en situation de chômage involontaire, exactement comme un licenciement. À ce titre, il ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), sous réserve d’avoir travaillé au moins 6 mois (soit 130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois. La nature temporaire du contrat ne change rien au principe : ce qui compte, c’est la durée cotisée et le caractère subi de la fin de contrat.
C’est là que l’assurance chômage réserve ses subtilités. Une fin de CDD à échéance ouvre des droits, mais une rupture décidée par le salarié avant le terme le prive presque toujours d’indemnisation. Et depuis avril 2025, refuser une proposition de CDI à la fin d’un CDD peut fermer l’accès à l’ARE, un mécanisme que beaucoup découvrent au moment du refus de France Travail.
Le montant, lui, ne dépend pas du type de contrat mais du salaire perçu. Et la durée d’indemnisation subit un abattement de 25 % qui fait qu’un CDD de huit mois ne donne pas huit mois d’allocations.
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Ouvrir le simulateur →La fin d’un CDD compte comme une perte d’emploi involontaire
Aux yeux de l’assurance chômage, tout se joue sur l’identité de celui qui met fin au contrat. Un CDD qui va jusqu’à son terme prévu correspond à une privation involontaire d’emploi, le critère central pour percevoir l’ARE. Le salarié n’a pas choisi de partir : le contrat s’est éteint de lui-même.
La fin d’un CDD à son terme ouvre droit à l’ARE si vous avez travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois (36 mois à partir de 55 ans). L’inscription à France Travail doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin du contrat. Le montant minimal de l’allocation est de 32,13 € par jour en 2026.
Un point pratique décide souvent du sort du dossier : l’attestation d’employeur remise en fin de contrat doit mentionner explicitement une fin de contrat à durée déterminée. C’est ce document qui qualifie la rupture d’involontaire auprès de France Travail. Le CDD d’apprentissage suit la même logique et ouvre les mêmes droits. Une modification de la durée du contrat décidée d’un commun accord avec l’employeur reste, elle aussi, considérée comme une fin involontaire.
Les conditions à remplir pour toucher l’ARE
L’ouverture de droits ne tient pas au type de contrat mais à une série de critères cumulatifs. Les remplir tous conditionne le versement de l’ARE, quel que soit le nombre d’employeurs ou de contrats enchaînés sur la période.
- ✓ Justifier d’au moins 6 mois de travail (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, 36 mois à partir de 55 ans
- ✓ S’inscrire comme demandeur d’emploi dans les 12 mois qui suivent la fin du CDD
- ✓ Résider en France de manière effective
- ✓ Être physiquement apte à l’exercice d’un emploi
- ✓ Ne pas avoir atteint l’âge de départ à la retraite à taux plein
- ✓ Rechercher activement un emploi dans le cadre du contrat d’engagement
La condition des 6 mois se remplit rarement avec un seul contrat quand on enchaîne les missions courtes. Bonne nouvelle : elle s’atteint en additionnant plusieurs contrats, chez des employeurs différents. Des CDD successifs, mais aussi des missions d’intérim ou des périodes de CDI comptent dans le total. Les règles d’ouverture sont d’ailleurs très proches de celles du chômage après une mission d’intérim, ce dernier reposant lui aussi sur des contrats courts et subis.
Une exception existe pour les travailleurs saisonniers : depuis le 1er avril 2025, ils peuvent ouvrir des droits avec 5 mois d’affiliation seulement, et sont alors indemnisés au minimum 5 mois.
Rupture anticipée : le motif change tout
Un CDD ne se rompt pas librement avant son terme. Quand une rupture anticipée intervient, l’accès à l’ARE dépend entièrement de qui en est à l’origine. Trois cas de figure se distinguent nettement.
CDD arrivé à terme
Fin involontaire du contrat. Droit à l’ARE ouvert si les conditions d’affiliation sont remplies.
Rupture par l’employeur
Rupture avant terme à l’initiative de l’employeur, hors faute grave du salarié. Assimilée à une privation involontaire, droit ouvert.
Rupture par le salarié
Départ volontaire avant terme. Pas de droit à l’ARE, sauf cas particuliers strictement encadrés.
Quand le salarié rompt lui-même son CDD, quelques situations rouvrent malgré tout l’indemnisation. La démission légitime en fait partie : suivre un conjoint muté, un déménagement contraint pour raison familiale, certaines situations de violences. La faute grave de l’employeur reconnue par le Conseil de prud’hommes vaut également : la rupture est alors assimilée à un licenciement sans cause réelle et sérieuse, qui ouvre l’ARE. Le salarié qui quitte son CDD pour signer un CDI, lui, ne relève pas du chômage : il enchaîne sur un emploi, sans passer par la case indemnisation.
Refuser un CDI en fin de CDD peut couper vos droits
C’est la règle la plus récente et la plus lourde de conséquences. Elle vise les salariés qui déclinent un poste stable à l’issue d’un contrat court, et reste largement méconnue jusqu’au premier refus de France Travail.
Depuis le 1er avril 2025, deux refus de propositions de CDI sur une période de 12 mois peuvent priver de l’ARE. Pour qu’un refus soit comptabilisé, la proposition doit être sérieuse : elle porte sur le même emploi ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente, une durée de travail équivalente et sans changement du lieu de travail. L’employeur est tenu de signaler ce refus à France Travail via une plateforme dédiée, dans le mois qui suit.
Une nuance change tout dans la pratique : refuser un simple renouvellement de CDD n’entre pas dans ce dispositif. Décliner la reconduction d’un contrat court ne coûte aucun droit, la fin du contrat reste involontaire. Seul le refus d’un basculement vers un vrai CDI, répété deux fois en un an, expose à la perte d’indemnisation.
Montant et durée de l’ARE après un CDD
Ni le montant ni la durée ne pénalisent le CDD en tant que tel. Les deux se calculent sur les mêmes bases que pour un CDI, à partir du salaire perçu et du temps travaillé. Le contrat court ne subit aucun malus caché.
Le montant de l’allocation
L’ARE journalière correspond au montant le plus élevé entre deux formules : 40,4 % du salaire journalier de référence (SJR) majoré d’une partie fixe de 13,18 €, ou 57 % du SJR. Le résultat est plafonné à 75 % du SJR et ne peut pas descendre sous 32,13 € par jour en 2026. Le versement est mensualisé sur une base de 30 jours calendaires, quel que soit le mois. Le SJR intègre l’ensemble des salaires bruts soumis à cotisations, primes comprises.
Fait notable en 2026 : le conseil d’administration de l’Unédic n’a pas revalorisé les allocations au 1er juillet, une première depuis 2016. Les montants de juillet 2025 restent donc figés. Cette décision s’inscrit dans le cadre plus large de la réforme de l’assurance chômage 2026, qui resserre plusieurs paramètres d’indemnisation.
La durée d’indemnisation
La durée des droits est égale à la durée d’affiliation, mais réduite de 25 % par un coefficient de 0,75 appliqué depuis février 2023. Un plancher protège les contrats courts : l’indemnisation ne peut pas être inférieure à 182 jours (6 mois). Concrètement, un CDD de 6 mois donne bien 6 mois d’ARE, car le plancher joue. Un contrat plus long subit l’abattement de plein fouet, comme le montre l’exemple ci-dessus. La durée maximale, elle, dépend de l’âge à la date de fin de contrat.
| Âge à la fin du CDD | Durée maximale d’indemnisation |
|---|---|
| Moins de 55 ans | 548 jours (18 mois) |
| 55 ou 56 ans | 685 jours (22,5 mois) |
| 57 ans et plus | 822 jours (27 mois) |
Ces plafonds ne sont atteints qu’avec une longue durée travaillée. Pour un ancien salarié en CDD de moins d’un an, la durée réelle reste très en dessous des 18 mois. Le plancher de 182 jours s’applique dans tous les cas, sauf pour les saisonniers ouvrant un droit avec 5 mois d’affiliation, dont le minimum est fixé à 5 mois.
S’inscrire à France Travail sans perdre de jours
L’indemnisation ne démarre pas au dernier jour de contrat mais à l’inscription. Tarder revient à décaler, voire à perdre définitivement, des jours d’allocation. L’inscription reste possible jusqu’à 12 mois après la fin du CDD, mais chaque jour de retard est un jour potentiellement perdu.
Le réflexe le plus efficace consiste à s’inscrire dès le lendemain du dernier jour travaillé, en ligne sur francetravail.fr. Quatre documents suffisent pour constituer le dossier :
- l’attestation d’employeur, remise obligatoirement en fin de contrat et mentionnant la fin de CDD ;
- le dernier bulletin de salaire ;
- une pièce d’identité en cours de validité ;
- un relevé d’identité bancaire (RIB).
Deux délais retardent ensuite le premier versement. Un délai d’attente de 7 jours s’applique systématiquement après l’inscription. S’y ajoute un différé lié à l’indemnité compensatrice de congés payés versée à la fin du CDD : plus cette somme est élevée, plus le versement est repoussé. En revanche, la prime de précarité ne rallonge pas ce différé, car il ne s’agit pas d’une indemnité de rupture supra-légale.
Sur le même sujet : pour le détail du calcul et des conditions d’indemnisation, le fonctionnement de vos droits au chômage apporte le cadre complet. Et si votre contrat s’est terminé pendant une période d’arrêt de travail, les modalités diffèrent : voir le chômage après un arrêt maladie.
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Questions fréquentes
Aucun seuil de salaire n’est exigé. L’ouverture de droits repose sur la durée travaillée, soit 6 mois sur les 24 derniers mois, pas sur le montant gagné. Un salaire faible réduit l’allocation, mais elle ne peut pas descendre sous 32,13 € par jour en 2026.
Pas avec ce seul contrat, puisqu’il faut au moins 6 mois de travail. En revanche, ces 3 mois peuvent être additionnés à d’autres CDD, missions d’intérim ou périodes de CDI accomplis sur les 24 derniers mois pour atteindre le seuil requis.
Non. La formule de calcul est identique et dépend du salaire de référence, pas du type de contrat. À salaire égal, un ancien salarié en CDD et un ancien salarié en CDI touchent la même allocation.
Non. L’indemnité de fin de contrat, égale à 10 % de la rémunération brute, n’est pas une indemnité de rupture supra-légale et ne crée donc pas de différé. Seule l’indemnité compensatrice de congés payés génère un différé, qui s’ajoute au délai d’attente de 7 jours.
Refuser un simple renouvellement de CDD ne coûte aucun droit : la fin du contrat reste involontaire. Le risque de perte d’indemnisation ne concerne que le refus d’une proposition ferme de CDI pour un emploi similaire, répété deux fois sur 12 mois.