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Estimer mes droits

Prévoyance invalidité après un licenciement : ce que vous gardez vraiment

Deux salariés licenciés le même jour, avec la même invalidité, peuvent connaître des sorts opposés : l’un garde sa rente de prévoyance jusqu’à la retraite, l’autre la perd au bout de douze mois. La différence ne tient pas au licenciement lui-même, mais à une date précise, celle où votre droit à la prestation est né.

Quand le contrat de travail se rompt, deux mécanismes très différents peuvent jouer. La portabilité maintient gratuitement vos garanties pendant un an. Le maintien des prestations déjà en cours, lui, peut durer jusqu’à votre départ en retraite. Savoir lequel s’applique à votre cas est le cœur du sujet, et cela prolonge directement la question plus large de l’articulation entre licenciement et prévoyance.

La pension versée par la Sécurité sociale n’est qu’une base, plafonnée et partielle. Ce qui se joue vraiment, c’est le complément de votre contrat collectif : selon le moment où l’invalidité est reconnue, l’assureur vous le doit pendant un an, jusqu’à la retraite, ou pas du tout.

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Douze mois de garanties maintenues, sans rien payer

Le premier filet de sécurité porte un nom : la portabilité. Prévue par l’article L911-8 du Code de la sécurité sociale, elle prolonge à l’identique vos garanties de prévoyance après le départ de l’entreprise, sans la moindre cotisation de votre part.

📌 Les deux régimes à ne pas confondre

La portabilité maintient vos garanties gratuitement, jusqu’à 12 mois, tant que vous êtes indemnisé par France Travail. Le maintien des prestations en cours (loi Évin) oblige l’assureur à continuer de verser une rente déjà acquise jusqu’à la retraite, même après la fin de la portabilité. Le déclencheur n’est pas la date du licenciement, mais celle où votre droit à la rente est né.

La durée du maintien est égale à celle de votre dernier contrat de travail, dans la limite de douze mois. Six mois de présence dans l’entreprise ouvrent donc six mois de portabilité, un an et plus en ouvrent douze. Le coût est supporté par l’employeur et les salariés encore en poste, par un mécanisme de mutualisation.

Le maintien n’a rien d’automatique. Plusieurs conditions doivent être réunies, et l’employeur doit les acter sur votre certificat de travail.

  • Avoir été couvert par le contrat collectif de prévoyance avant la rupture
  • Quitter l’entreprise pour un motif ouvrant droit aux allocations chômage
  • Ne pas avoir été licencié pour faute lourde
  • Être effectivement pris en charge par France Travail, attestation à fournir à l’assureur

Les garanties maintenues sont celles en vigueur dans l’entreprise, à l’identique. Seule la faute lourde fait perdre ce droit : un licenciement pour faute grave, lui, le conserve. La portabilité prend fin dès que vous retrouvez un emploi, que vos droits au chômage s’épuisent, ou que vous partez en retraite. Vous pouvez aussi y renoncer, par écrit, dans les dix jours suivant la fin du contrat.

La date qui décide de tout : quand votre invalidité est reconnue

La portabilité règle le sort des douze mois qui suivent le départ. Elle ne dit rien d’une rente d’invalidité déjà versée, ni d’une invalidité reconnue plus tard. C’est là que se joue l’essentiel, et la règle surprend.

Une rente déjà versée continue jusqu’à la retraite

Première situation : vous percevez déjà une rente d’invalidité de votre contrat collectif au moment du licenciement. Cette rente ne s’arrête pas. L’article 7 de la loi Évin, du 31 décembre 1989, est d’ordre public : la fin du contrat d’assurance ne peut pas remettre en cause une prestation déjà acquise. L’assureur la maintient au niveau atteint, et continue de la verser jusqu’à la liquidation de votre retraite.

Selon l’article 7 de la loi Évin, la résiliation du contrat reste sans effet sur le versement des prestations acquises ou nées pendant son exécution.

Cette protection est indépendante de la portabilité. Elle ne dépend ni de votre inscription au chômage, ni du délai de douze mois. Tant que votre droit à la rente est né avant la rupture, il vous suit.

Une invalidité reconnue après le départ

Si la CPAM vous classe en invalidité pendant la période de portabilité, le complément de votre contrat s’applique. Pour la phase d’incapacité temporaire, une limite existe : les indemnités versées ne peuvent pas dépasser le montant des allocations chômage que vous auriez perçues sur la même période. Une fois l’invalidité reconnue, la rente complémentaire prend le relais.

Le cas le plus mal connu concerne l’invalidité reconnue après la fin de la portabilité. Si elle prolonge une incapacité née pendant que vous étiez couvert, et qu’elle découle de la même pathologie, la justice considère qu’il s’agit d’une seule et même prestation. La Cour de cassation l’a jugé dès 2007 : l’assureur de l’ancienne entreprise reste tenu de verser la rente, car le droit était déjà né. Une pathologie nouvelle, apparue après la couverture, relève au contraire de votre seule protection individuelle, si vous en avez souscrit une.

Sans aucun complément, il vous reste la seule pension d’invalidité de la Sécurité sociale. Elle représente 30 % de votre salaire annuel moyen en catégorie 1, 50 % en catégorie 2, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 € en 2026. Concrètement, même en catégorie 2, le maximum tourne autour de 2 000 € par mois. La rente de votre contrat collectif servait précisément à combler cet écart.

Exemple : en arrêt maladie depuis huit mois, un salarié est licencié pour inaptitude. Trois mois plus tard, la CPAM le classe en invalidité 2e catégorie pour la même pathologie. Même si la portabilité s’est arrêtée entre-temps, la rente complémentaire reste due par l’assureur de son ancienne entreprise : le droit est né pendant la couverture.

Invalidité, inaptitude, chômage : l’engrenage qui peut tout bloquer

La portabilité repose sur une condition simple en apparence : ouvrir droit aux allocations chômage. Pour une personne reconnue invalide, cette condition peut se refermer comme un piège.

Tout commence par une confusion fréquente entre deux notions distinctes, décidées par deux autorités différentes.

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Invalidité

Reconnue par la CPAM. Capacité de travail ou de gain réduite d’au moins deux tiers. Ouvre droit à une pension de la Sécurité sociale.

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Inaptitude

Constatée par le médecin du travail. Vise votre poste précis. Peut déboucher sur un licenciement, sans interdire pour autant un autre emploi.

Pour bénéficier de la portabilité, vous devez pouvoir vous inscrire à France Travail, donc rester disponible pour un emploi. Une personne reconnue inapte à toute activité ne peut pas s’inscrire : la portabilité lui est alors fermée. En revanche, une inaptitude à votre seul poste, ou une invalidité de catégorie 1 ou 2 compatible avec un travail aménagé, laisse la porte ouverte. La rente déjà acquise, elle, continue dans tous les cas.

Un arrêt maladie en cours au moment de la rupture peut retarder le départ de la portabilité, sans vous en priver : vous auriez perçu le chômage sans cet arrêt. Côté allocations, la pension d’invalidité se cumule avec l’ARE selon des règles précises, totalement en catégorie 2 ou 3 lorsque la pension était déjà versée pendant l’activité ayant ouvert vos droits. Les modalités de cumul entre prévoyance et chômage méritent une vérification au cas par cas.

À la fin des douze mois, le risque du trou de couverture

La portabilité s’arrête à l’un de ces quatre moments : un nouvel emploi, la fin de vos droits au chômage, votre départ en retraite, ou l’échéance des douze mois. Ensuite, aucune garantie collective ne subsiste.

Si votre nouvel employeur propose une prévoyance, vous êtes de nouveau couvert, parfois après un délai de carence qui crée une brève zone de risque. Sans nouvel emploi ni retraite, l’option reste un contrat de prévoyance individuel, dont le coût repose entièrement sur vous, sans participation patronale. Attention à ne pas confondre avec la complémentaire santé : la loi Évin autorise à conserver la mutuelle à titre individuel, mais cette règle ne couvre ni l’invalidité ni le décès. Les modalités du maintien et de la portabilité de la prévoyance après un licenciement se préparent avant l’échéance, pas après.

Une seule chose est urgente côté démarches : transmettre à l’assureur votre attestation d’ouverture de droits France Travail et les justificatifs versés par la Sécurité sociale. Si une rente est déjà en cours, signalez le licenciement à l’organisme pour que le versement ne soit pas interrompu par erreur.

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Questions fréquentes

Oui. Pendant douze mois maximum, vous ne payez aucune cotisation. Le dispositif est financé par la mutualisation des cotisations de l’employeur et des salariés encore en poste.

Non, sauf démission considérée comme légitime ouvrant droit aux allocations chômage. Sans prise en charge par France Travail, aucune portabilité n’est possible.

Oui. La rente versée par votre contrat de prévoyance se cumule avec la pension d’invalidité de la Sécurité sociale, sans plafond entre les deux.

Si elle prolonge une incapacité née pendant votre couverture, l’assureur de l’ancienne entreprise reste tenu de verser la rente. S’il s’agit d’une pathologie nouvelle et sans lien, seule la pension de la Sécurité sociale subsiste.

Non. À l’âge légal de la retraite, elle est transformée en pension de retraite pour inaptitude, au taux plein, quel que soit le nombre de trimestres validés.